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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/224

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des administrations locales et l’opposition du clergé à une organisation d’où il est exclu. Sans examiner ce point, un fait du moins est certain : tant que l’église a été seule chargée de l’instruction populaire, celle-ci a été littéralement nulle, et si elle ne fait pas plus de progrès depuis que l’état s’en occupe, c’est par suite surtout de l’hostilité du clergé. Lorsqu’il a été le maître absolu, il n’a rien fait, et maintenant qu’il a cessé de l’être, il empêche les autres de faire mieux que lui.

Mais les adversaires de l’intervention de l’état en matière d’instruction ne se rendront peut-être pas encore. Le royaume de Naples, diront certains d’entre eux, est un pays catholique. Or le clergé, de qui dépendait l’enseignement, n’avait aucun intérêt à le répandre. Pourvu que le peuple allât à la messe, à la communion et obéît au curé, celui-ci se déclarait satisfait. La lecture était à ses yeux une science sans utilité et non sans danger, car elle conduit souvent à l’hérésie : la réforme est née en même temps que l’imprimerie. D’ailleurs à Naples, sur cette terre classique du despotisme, l’initiative de l’individu étant nulle, la liberté ne pouvait porter ses fruits ordinaires, et quant au Portugal, les conditions de l’épreuve n’étaient guère plus favorables. Soit encore. Prenons donc le pays par excellence de la liberté et de l’initiative individuelle, l’Angleterre.

Voici une nation où la richesse abonde et où les particuliers sont habitués à de grands sacrifices pour des objets d’intérêt général, où différentes communions se disputent l’empire des âmes, et où chacune d’elles a intérêt à fonder des écoles pour s’en emparer. Le protestantisme, mettant la Bible entre les mains des fidèles, fait de la lecture une nécessité pour tous. Depuis longtemps, il s’est établi des associations puissantes et rivales pour rétribuer des instituteurs et répandre l’instruction dans le peuple. Par conséquent, ce pays remplissait mieux qu’aucun autre toutes les conditions propres à faire réussir le régime de non-intervention qu’on préconise. Or ici encore l’expérience a été malheureuse, et l’initiative des individus, fortifiée par l’association sous toutes ses formes, s’est montrée impuissante à procurer au peuple les moyens de s’instruire. Au moment où l’état s’est vu forcé d’intervenir, les enquêtes officielles ont montré que l’enseignement était détestable et l’ignorance extrême.

La première enquête, faite en 1803, constata une situation déplorable. L’on ne trouva que 1 enfant fréquentant les écoles sur 1,712 habitans. L’état s’était abstenu, l’église anglicane au XVIIIe siècle s’était très peu occupée d’éclairer le peuple, et les classes riches n’avaient pas encore compris que contribuer à