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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/175

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or other necessaries). On peut dire sans exagération qu’il s’en forme de tous côtés, et que celles qui succombent, car il y en a, quoique ce soit de beaucoup la minorité, échouent par leur propre faute.

Ceux qui fondent inconsidérément des sociétés de coopération avant d’avoir les premiers capitaux nécessaires, comptant sur des donations qui ne viennent jamais ou sur des emprunts toujours difficiles et le plus souvent ruineux, ceux qui établissent leurs magasins dans des quartiers où les ouvriers sont rares et disséminés, où le commerce de détail, dirigé avec économie et intelligence, tient ses prix de vente très rapprochés du prix d’achat, ceux enfin qui, prenant leurs désirs pour une vocation, se chargent d’une mission pour laquelle l’expérience, la capacité et l’énergie leur font défaut, ceux-là commettent la triple faute de se ruiner d’abord, de ruiner les associés qui ont eu confiance en eux, et de fournir des argumens aux ennemis de la cause, car, il faut bien qu’on le sache, tout est bon pour combattre une idée nouvelle. Les éclatans succès de Rochdale et de Leeds ont beau porter jusqu’à l’évidence la démonstration du principe ; une faillite, trop explicable d’ailleurs, qu’on verra à côté de soi fera plus d’effet sur des esprits prévenus que les plus solides raisons et les plus irréfutables exemples.

Il importe donc, pour toute sorte d’excellens motifs, de ne rien précipiter, de bien mesurer ses forces et de bien profiter des expériences faites. La société de Rochdale doit son succès en premier lieu à la sagesse et à la persévérance de ses fondateurs, en second lieu à l’excellence de son règlement. Ce règlement ne contient pourtant rien de bien nouveau, rien surtout de bien inattendu ; il suffira d’indiquer les dispositions principales.

Pour être membre de la société, il faut être propriétaire de cinq actions d’une livre chacune, formant une somme totale de 125 fr. Cependant on n’est pas obligé de payer une si grosse somme en entrant dans l’association ; il suffit de s’engager pour cinq actions, de payer immédiatement 1 shilling d’entrée qui n’est jamais rendu et qui sert à augmenter le capital social, un autre shilling qui est porté au compte du nouveau membre, et 3 pence au moins par semaine ou 3 shillings et 3 pence par trimestre, jusqu’à concurrence de 125 francs. C’est à peu près ce qu’il en coûte en France pour faire partie d’une société de secours mutuel avec cette différence que dans les sociétés de secours mutuel il faut payer sa cotisation tant qu’on fait partie de la société, tandis qu’un équitable pionnier cesse d’être astreint à payer la sienne aussitôt qu’il possède dans la société un capital de 125 francs. Notons encore que, sa qualité de membre lui donnant droit immédiatement à toucher des dividendes au prorata de ses achats, il peut payer ses cinq actions