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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/133

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« l’ennemi magnanime » qu’on appelait hier le vil Yankee. En même temps Gillem, avec un corps de cavalerie légère, envahit le Mississipi, l’Alabama, coupe le chemin de fer d’Ohio and Mobile, et culbute tout ce qui résiste. Enfin une expédition monstre, de longue main préparée, s’avance contre Wilmington, le dernier port de la confédération et l’entrepôt de son commerce clandestin avec l’île anglaise de Nassau.

Les journaux de Richmond se consolent par de vaines bravades : « Savannah est prise ; la grande perte ! Savannah n’est pas la confédération ni même la Géorgie, ce n’est rien que Savannah, un repaire de Juifs et de Yankees qu’on aurait dû brûler en le quittant, mais dont il faut presque s’applaudir d’être débarrassé. » — La confédération, disent-ils, n’a rien perdu de ses ressources inépuisables : plus elle se resserre, plus elle devient invincible ! — Mais Charleston tombera bientôt devant Sherman, Wilmington aussi va tomber, et bien que la presse rebelle essaie de se consoler d’avance de la chute prévue de Richmond en disant qu’après tout Richmond n’est que Richmond, une ville dont la perte n’enveloppe en rien les destinées du pays, qu’au contraire les armées seront plus fortes lorsqu’elles n’auront plus cette charge et cet embarras des villes à défendre, — je me demande ce qui restera de la confédération du sud quand la Virginie, la Géorgie, les Carolines, l’Alabama, auront fait leur soumission, si ce n’est les déserts et les forêts marécageuses de la Floride. Les rebelles, en effet, y seront inexpugnables ; ils pourront y éterniser la résistance jusqu’à ce que la fièvre jaune les moissonne et les donne en pâture aux alligators de ces marais. Mieux vaut faire comme le sénateur Foote, du Tennessee, et prendre les de vans de la déroute.

Aussi voyez la belle discorde qui se met à Richmond dans le congrès et le gouvernement ! D’abord M. Foote, jadis le partisan acharné de la sécession et le virulent adversaire de M. Seward dans le sénat des États-Unis, donne sa démission après un discours audacieux pour les temps, où il accuse hardiment et appelle par son nom le despotisme du président confédéré. Il se plaint de la suspension des lois, de l’impuissance du congrès, de l’universelle servilité qui encourage la dictature. « Je ne veux pas, dit-il, être un législateur enchaîné, » et il s’en va, prophétisant un prochain coup d’état militaire qui détruira jusqu’à l’ombre des anciennes libertés publiques. De son côté, le gouverneur Brown se retranche dans les droits de la Géorgie, se plaint qu’on emploie à défendre Richmond les hommes qui auraient chassé Sherman de son pays. De toutes parts les propositions de paix s’élèvent dans les législatures d’état, et, quoique mises partout sur la table par une majorité plus