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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/124

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mais surtout les blancs, convaincus que le système du travail esclave est funeste à leur prospérité publique et privée, se sont unis, dit-on, pour obtenir de l’Espagne un acte d’émancipation. La résistance de la métropole ne les décourage pas. On cite un propriétaire de 2,000 esclaves au premier rang de l’agitation abolitioniste. Ainsi cette guerre civile des États-Unis, où, disait-on, l’esclavage n’était pas intéressé, aura été le signal de son écroulement dans le monde entier. Cette petite église abolitioniste, si longtemps honnie et persécutée, aura été l’étincelle qui met le feu à la mine cachée de la conscience et de la raison humaines.

Le congrès s’occupe toujours de la question canadienne. On soupçonne le ministère de connivence avec le juge qui a si galamment acquitté les raiders de Saint-Albans. Les jurisconsultes disent que le motif allégué est trop misérable pour avoir arrêté un esprit sincère. Cette question d’extradition, réservée, disait-on, au gouvernement anglais, a été positivement réglée dans un amendement aux statuts voté par la législation canadienne et approuvé, il y a trois ans, par la reine. Les raisons du juge ne sont même pas des prétextes spécieux, et plusieurs journaux américains et canadiens se demandent si l’argent de Saint-Albans, en passant dans ses mains, les a laissées vides. Les Canadiens s’effraient des conséquences possibles de leur faute, et sauf quelques acharnés mangeurs de Yankees qui glorifient la décision du juge comme un acte de fierté nationale, la voix publique demande à grands cris sa démission. Le chef de la police a pris les devans en donnant la sienne. Les chemins de fer internationaux se préparent à interrompre leur service et mettent déjà leur matériel en lieu sûr. Il n’est bruit au Canada que des nouvelles entreprises machinées par les pirates confédérés. On raconte qu’ils ont acheté des vaisseaux, des armes, qu’ils vont brûler Buffalo, Cleveland, Détroit. On enrôle trois régimens de volontaires ; on annonce qu’on va mettre sur pied 200,000 hommes.

Il y a aux États-Unis une institution singulière, la confrérie des fenians, vaste association irlandaise, moitié publique, moitié secrète, comme chez nous la franc-maçonnerie, formée en haine de l’Angleterre et pour la délivrance de l’Irlande. Les fenians se bornent pour le moment à tenir des meetings, à proférer des vociférations patriotiques, à accomplir des cérémonies burlesques en manière de rites religieux, à encourager enfin l’émigration de leurs compatriotes ; mais la confrérie, qui n’est pas opulente, prétend compter par centaines de mille les mains prêtes à combattre. Son espoir est de pousser les États-Unis dans une guerre européenne et d’écraser cette odieuse Grande-Bretagne, dont la haine semble impérissable