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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/120

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d’hommes du peuple, qui ne soient intéressés personnellement à l’exécution des engagemens de l’état. Les plus petits capitaux sont justement ceux qui souffriraient le plus de la banqueroute. Il y a dans toutes les villes des caisses d’épargne (savings banks) qui reçoivent les petites sommes et les font fructifier, payant chaque année des intérêts fixes de 5 pour 100 et des dividendes de profits tous les cinq ans. Toutes sans exception, pour obtenir de grosses rentes, ont placé leurs fonds sur l’état. Les tuteurs et curateurs, pour s’épargner le souci d’une administration difficile et sujette à contestation perpétuelle, ont pris l’habitude commode de mettre la fortune de leurs pupilles en bons des États-Unis, et la justice, qui remplace ici dans son contrôle le conseil de famille, autorise toujours des deux mains un placement aussi patriotique. Voilà comment il se fait que les petites fortunes sont précisément les plus intéressées à la probité publique, et que la banqueroute devient chaque jour plus improbable. Seuls, les propriétaires du sol, les agriculteurs sans capital, ou qui emploient tout leur capital sur leur terre, défendent cette façon sommaire de jeter à l’eau la dette et les taxes. Grâce à la différence de l’or et du papier, le capital reconnu des dettes contractées pendant la guerre dépasse énormément la somme versée par les acheteurs ; plusieurs des emprunts ont été contractés à 150 pour 100 de prime [1]. Ils se sont pourtant maintenus au-dessus du pair : c’est que, l’industrie en souffrance, les banques paralysées par l’impôt, ne donnant pas d’aussi gros intérêts que l’emprunt, le capital national s’est dès lors porté en masse dans les coffres de l’état ; mais quelle sera la durée d’un avantage momentané que le crédit public doit au mauvais état même des finances du pays ? Le trésor remboursera-t-il en or ce qu’il n’a reçu qu’en papier ? Il ne manquera pas de voix pour en démontrer l’injustice. On dit que pour échapper au remboursement on consolidera une partie de la dette en réduisant à 5 pour 100 l’intérêt de 6 et de 7 1/2. A supposer même qu’on rembourse successivement à leur échéance tous les emprunts faits pendant la guerre, comment se débarrassera-t-on du papier-monnaie ? Vous savez que les greenbacks ne sont ni des billets à ordre ni des bons à terme ; c’est une anticipation sans intérêts des emprunts futurs : le gouvernement, après avoir épuisé son crédit présent, escompte son crédit à venir. La garantie de la valeur des greenbacks est contenue dans ces mots imprimés sur le revers : « bon pour le paiement de tout emprunt fait par les États-Unis. » A moins que le trésor ne soit assez riche pour reprendre les paiemens en espèces et détruire tous les greenbacks qui rentreront dans ses caisses, il

  1. Voyez la Revue du 15 août 1865.