Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/107

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


et douze mille hommes avec lord Norrys pour général. Cette fois on toucha presque le but : on alla jusque sous les murs de Lisbonne, on campait aux portes de la ville, lorsque Norrys, voyant sa petite armée fondre chaque jour par les maladies, se replia tout à coup pour se rembarquer sur les vaisseaux de Drake sans vouloir rien écouter.

Le réveil de chacune de ces entreprises fut rude. Dom Antonio retombait du haut de ses espérances dans une vie précaire et disputée ; il n’était pas même en sûreté. Philippe II, l’homme aux vastes trames et aux ressentimens profonds, qui s’irritait de toutes ces tentatives, Philippe II ne quittait pas du regard son pauvre rival, sur lequel il voulait remettre la main. « Voyez la reine-mère, écrivait-il à son ambassadeur en France, et tâchez par toute sorte de moyens de vous le faire livrer. C’est chose importante à mon service. » Et au pape Philippe disait : « Que votre sainteté fasse des démarches auprès de Henri III et de Catherine pour qu’ils abandonnent la cause de ce bâtard réprouvé ! » Au besoin, le roi espagnol ne dédaignait pas d’organiser le meurtre et les guets-apens autour du fugitif. Dom Antonio s’était établi à Rueil, et fut obligé de s’enfuir pour échapper à quatre assassins soudoyés par l’Espagne. La reine-mère lui donna un château pour asile en Bretagne, et là encore il fut sur le point d’être livré par le duc de Mercœur, qui était l’allié de Philippe. Il n’eut que le temps de se sauver chez un gentilhomme des environs d’Auray, du Plessis du Guest, pour aller de là secrètement à Beauvoir en Poitou, chez la duchesse de Loudunois. À Beauvoir, mêmes menaces de la part du duc de Mercœur, et la duchesse de Loudunois lui donna des chevaux, de l’argent avec une escorte pour s’échapper encore. Dom Antonio ne trouva enfin de sûreté qu’à La Rochelle au milieu d’une population protestante qui l’accueillit comme un proscrit, comme un ennemi de Philippe II, et dans les rangs de laquelle il n’y avait ni traîtres ni assassins.

Il allait ainsi errant et délabré, un jour en Bretagne, un autre jour en Poitou, tantôt autour de Paris, tantôt à La Rochelle, épuisant ses ressources, vendant ses joyaux, réduit à vivre d’emprunts ou de secours du roi de France, et la féroce raillerie de d’Aubigné le peint d’un trait dans le baron de Feneste en parlant de la jobélinocratie du prince Malaisé de La Rochelle. Dom Antonio, toujours prêt à se reprendre à l’illusion, espéra une dernière fois. Ce fut à l’avènement d’Henri IV, qui lui permettait au moins de respirer, qui s’intéressait à sa cause et qui écrivait à M. de Beauvais : « Vous remercierez le roy de Portugal de l’affection qu’il a à mon endroit et lui direz que si Dieu permet quelque bon établissement