Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/1062

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’observateurs distingués. Le lecteur devine qu’il s’agît ici des petites planètes qui, dit-on, circulent en dedans de l’orbite de Mercure, à deux pas du feu central, véritables éthiopiens du système solaire.

L’existence de ces planètes, dites intra-mercurielles, est encore, pour le moins, très douteuse. Ce qui leur donne un intérêt particulier, c’est leur rôle dans la mécanique céleste. D’après les calculs de M. Le Verrier, il existe dans le mouvement de Mercure une petite irrégularité que les forces connues ne suffisent point à expliquer. Mercure, paraît-il, avance comme une montre mal réglée ; son orbite est sujette à un déplacement progressif dont Vénus, la Terre, Mars, Jupiter et les autres planètes connues ne nous offrent nul exemple. Or, pour rendre compte de cette anomalie, il n’y a pas d’autre parti à prendre que de supposer qu’il existe, dans le voisinage immédiat du soleil, des amas planétaires, globes ou anneaux, dont la sourde attraction entrave la marche de Mercure. Ces planètes ou masses planétaires encore inconnues combleraient donc une véritable lacune du système solaire ; elles rétabliraient l’harmonie du calcul et de l’observation jusque dans les détails les plus subtils. L’avenir nous en réserve-t-il la découverte ?

Ce ne serait pas la première fois, nous l’avons déjà dit, qu’une découverte matérielle aurait confirmé une prévision purement spéculative. L’histoire de l’astronomie nous en offre plus d’un exemple, et peut-être y a-t-il quelque intérêt à raconter ce qui se rapporte à ces questions avant d’entrer dans plus de détails sur les planètes mystérieuses qui circulent dans le giron même du soleil.

Les anciens ne connaissaient en tout que cinq planètes : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, auxquelles on ajoutait, dans le système de Ptolémée, le Soleil et la Lune, en faisant tourner ces sept astres autour de la Terre. Toutefois l’idée d’un nombre plus grand de globes errans remonte déjà à une haute antiquité, tout comme l’idée de la rotation de la Terre. Un siècle avant Jésus-Christ, Artémidore d’Éphèse soutenait que le nombre des planètes est infini. Démocrite, suivant ce que rapporte Sénèque, disait qu’il y a beaucoup plus de planètes que nous n’en voyons ; mais il ne paraît pas qu’avant Kepler cette idée ait pris corps et consistance en sortant des généralités d’assertions aussi vagues.

Guidé par des spéculations théoriques, assez obscures il est vrai, ce grand astronome se vit conduit à placer entre Mars et Jupiter une planète inconnue qui devait combler l’apparente lacune (hiatus) laissée entre ces deux corps. Inter Martem et Jovem interposui planetam, dit-il dans son Mysterium cosmographicum. Cette hypothèse fut mal accueillie, et il y renonça dans la suite lui-même. Sizzi, astronome florentin, protestait surtout avec vivacité contre cette doctrine. « Il n’y a, dit-il, que sept trous dans la tête : les deux yeux, les deux oreilles, les deux narines et la bouche ; il n’y a que sept métaux ; il n’y a que sept jours dans la semaine ; il ne peut donc y avoir que sept planètes. » Bien plus tard, le philosophe Kant crut