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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/1060

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dances et de ses sages velléités. Nous croyons d’ailleurs que le ministre espagnol est décidé à faire profiter l’Espagne de la force que lui a value l’avortement de la tentative du général Prim. On dit le ministre des finances, M. Martinez, très sérieusement appliqué au règlement des vieilles dettes qui ont si longtemps et si désastreusement tenu en échec le crédit espagnol. Que de maux on eût épargnés à l’Espagne, si le maréchal O’Donnell eût prêté plus d’attention à ces questions financières quand nous lui signalions, il y a plusieurs années, les conséquences inévitables des résistances obstinées de son ministre des finances de ce temps-là, M. Salaverria !

La petite crise ministérielle hollandaise est terminée. MM. Thorbecke et Olivier sont définitivement sortis du cabinet, remplacés le premier à l’intérieur par M. Geertsema, et le second à la justice par M. Pické. M. Franzen van de Putte est chef du cabinet et ministre des colonies ; les autres ministres sont M. Cremers aux affaires étrangères, le général Blanken à la guerre et par intérim à la marine, et M. Van Bosse aux finances. Déjà, à l’attitude prise par le parti libéral, dont M. Thorbecke est le chef, et par les conservateurs, on peut prévoir que le ministère hollandais aura sur les bras une opposition redoutable. C’est sur le projet des cultures des Indes qu’on se livrera bataille. Heureuse Hollande, où l’émulation des hommes publics n’a plus pour objet que des intérêts positifs tels que ceux qui sont attachés à l’administration de ses opulentes colonies ! Le pays est petit, mais on ne se bat plus pour les droits primordiaux de la liberté politique, comme dans les grands états. Dans une position bien plus critique sont par exemple l’Autriche et la Prusse : l’Autriche, à qui la diète hongroise va faire connaître par le vote de l’adresse les conditions qu’elle met à son cordial concours ; la Prusse, où un ministre bizarre dans ses audaces entreprend d’avilir la représentation nationale en soumettant les paroles des députés à la juridiction des tribunaux ordinaires. Nous avons lu attentivement le projet d’adresse au roi de Hongrie rédigé par M. Deák ; nous n’oserions essayer d’apprécier toutes les conditions du programme hongrois et en taxer quelques-unes d’excessives. Ce qui nous a surtout intéressés dans le rapprochement qui se tente entre l’empereur François-Joseph et le peuple hongrois, c’est que des deux côtés nous avons vu des intentions honnêtes. Sans entrer dans les discussions de détail qui échappent à notre compétence, nous nous contentons d’espérer qu’un effort si loyal aboutira à une conciliation sincère. Nous désirons que les Hongrois, si un léger sacrifice était demandé à leur modération, veuillent bien se souvenir que le sort des autres nationalités de l’empire, le sort des Tchèques de Bohême, des Polonais de Galicie, des Croates, etc., est suspendu au succès de l’expérience qui se tente. Voilà des peuples intéressans qui espèrent dans un meilleur avenir, et qu’une impatience, une imprudence, pourraient rejeter dans la vieille centralisation autrichienne. Quoi qu’il en soit, si ce qui se passe en Hongrie nous cause encore quelque anxiété, le spectacle donné par le gouvernement autrichien est grand et sympathique. On n’en peut