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Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 61.djvu/1011

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Perfecto Gonzalès lui-même, le pillard de Villagran, car, malgré sa barbe fraîchement coupée, les citoyens de Villagran, dépouillés par ses mains, l’avaient reconnu. Gonzalès finit par avouer qu’il était venu en espion, qu’il allait rejoindre Mendez, et que, surpris par le brouillard, il était tombé dans nos avant-postes, dont il ne soupçonnait pas le voisinage. A l’annonce du sort réservé aux espions, le désespoir s’empara du prisonnier ; supplications, menaces, promesses de rançon s’échappaient de ses lèvres : cela était triste à voir, et il mourut mal. Ce fut le premier et le seul Mexicain que nous rencontrâmes lâche à l’heure suprême.

Depuis trois jours, telle était la terreur inspirée par Mendez, que nous n’avions pu, même au prix de dix onces d’or (800 fr.), trouver un courrier de bonne volonté. Aussi, le colonel Du Pin restant sans nouvelles de la troupe partie pour Villagran, des bruits alarmans n’avaient pas tardé à circuler à Vittoria. On savait d’abord que toutes les guérillas de Croy, de Guemès et des environs s’étaient dirigées sur Hidalgo. Toutes ces forces avaient donc dû se grouper autour de Mendez. Pressé par l’inquiétude, le colonel Du Pin partit à marches forcées à la tête d’une seconde colonne pour dégager ses contre-guérillas. Tous les notables, par l’organe de leur président La Serna, demandèrent à s’armer et à courir sus à l’ennemi commun.

Ce premier réveil d’énergie civique, cette démonstration spontanée des hacenderos devait produire un bon effet sur les esprits des Indiens égarés, car les peones de La Serna étaient seuls restés fidèles à leur maître. Aussi Mendez, prévenu du mouvement de Vittoria et ne se sentant plus en sûreté entre deux feux, renonça bien vite à la poursuite annoncée par la maîtresse de Rafael Cerda et rebroussa chemin jusqu’à l’hacienda de Santa-Maria, que M. Ortiz avait évacuée. Tous les peones de l’hacienda, enrôlés de force, durent construire sous les yeux de Mendez des barricades et des retranchemens autour des bâtimens. Ces préparatifs de résistance furent brusquement interrompus par l’apparition inattendue de la dernière colonne sortie de Vittoria. Le colonel Du Pin, venu à travers bois, déboucha par Enchillado en face de Santa-Maria. Mendez fut aperçu au balcon de l’hacienda. Un escadron précédé des notables fat lancé à la charge ; malgré les eaux de la Corona et les décharges des défenseurs, l’élan ne fut pas ralenti, et les guérillas, mal abrités derrière des travaux inachevés, furent mis en déroute en perdant plusieurs des leurs. Mendez avait encore disparu. Parmi les membres de la junta, seul l’alcade de Croy reçut une blessure grave : une balle lui avait brisé la hanche. Le lendemain, les deux troupes de la contre-guérilla se retrouvaient et se donnaient la main