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formes varient à l’infini ; d’une école de grammaire à l’autre, on se copie sur quelques points, sur d’autres on se sépare ; c’est une affaire de conduite et de discernement. Est-ce à dire que cette liberté d’agir n’aboutisse qu’à des incohérences ? Non, et on va le voir en suivant cet enseignement dans son action. D’une confusion superficielle il se dégage alors une harmonie qui n’est autre chose que le produit d’une conformité de tempérament. S’il y a eu des écarts, ils se corrigent par l’expérience ; s’il y a une idée heureuse, elle fait promptement son chemin. Les esprits, tendus vers les mêmes problèmes et y procédant de bonne foi, se rencontrent tôt ou tard dans les mêmes solutions. La recherche et l’essai des améliorations ne sont interdits à personne, sous prétexte qu’une autorité supérieure veille à ce besoin, et fixera le moment où il doit être satisfait.


II

Le trait qui frappe le plus dans l’éducation anglaise est la vigueur morale qu’elle donne. Attribuer cette vigueur à une qualité de race serait se payer d’une défaite. La race ne se constitue et ne dure qu’au moyen d’un certain entraînement ; les facultés de l’esprit, comme les forces du corps, ne prennent de valeur qu’en raison de la manière dont on les exerce. Le régime auquel nous soumettons l’enfance ressemble trop à un engourdissement ; les vertus passives y tiennent trop de place. Les mieux notés d’entre nos élèves sont ceux qui s’assouplissent le plus aisément, se règlent avec le plus de soin dans leurs discours et dans leurs actes, réussissent d’une manière plus suivie à s’observer et à contenir leurs élans naturels. L’internat, qui est le fait le plus général, conduit par une pente insensible à ce sommeil de la volonté ; il est inséparable d’une surveillance qui dégénère en obsession et s’aggrave par l’effet d’un zèle mal entendu. Dans ses jeux comme dans ses travaux, l’enfant est sous les yeux du maître, et calcule ce qu’il peut oser sans lui déplaire. Il ne s’appartient pas et entre dans un moule qui n’est pas le sien ; quoi d’étonnant qu’il le brise violemment quand il peut disposer de lui-même ?

Dans l’éducation anglaise, cet écueil est évité, c’est l’externat qui domine ; il est de règle pour les écoles publiques pourvues de dotations. A l’issue des classes, les enfans rentrent dans leurs familles ou en trouvent l’équivalent dans des pensions que tiennent les professeurs. L’internat, quand il est obligé, n’a pas les formes rigides du nôtre, et se concilie avec une liberté d’allures qu’on n’énerve iii par des consignes, ni par des empêchemens intempes-