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son influence sur les premiers développemens de la métaphysique chrétienne, et comment celle-ci se trouva également en opposition avec le panthéisme alexandrin et avec le monothéisme sémitique, tout en ayant des affinités avec l’un et avec l’autre.

Quant à l’incarnation, elle constitue le point de dogme qui aujourd’hui même sépare le plus profondément le christianisme des religions sémitiques. Dans la Bible, Dieu inspire les prophètes ; dans le Koran, il inspire Jésus et Mahomet ; mais pour que Dieu s’incarne, il est nécessaire qu’il y ait en lui plusieurs hypostases : doctrine aryenne en opposition formelle avec le sémitisme. L’orthodoxie chrétienne n’a jamais faibli sur ce point, et elle a eu raison : la doctrine de l’incarnation est le premier fondement du christianisme ; celui qui n’admet pas la divinité de Jésus-Christ n’est pas chrétien. L’histoire des hérésies montre avec quelle énergie le dogme orthodoxe s’est dégagé de toutes celles qui ont seulement paru le compromettre. Il faudrait donc que tout l’Occident cessât d’être chrétien pour céder aux Juifs sur un point de cette importance : j’ajoute qu’il faudrait qu’il cessât d’être aryen, ce qui est impossible. Il est plus aisé pour un homme de notre race d’admettre l’incarnation de Dieu dans une forme corporelle que de concevoir l’inspiration prophétique au sens juif ou musulman. La croyance aux prophéties bibliques s’est beaucoup affaiblie dans le siècle où nous sommes, elle pourra disparaître ; la croyance en la divinité de Jésus subsistera, parce qu’elle est conforme à l’esprit aryen, et qu’elle peut s’accorder avec la doctrine de l’émanation comme avec celle d’un dieu créateur : or ce sont là les deux seuls systèmes métaphysiques qui fassent quelque figure parmi les hommes.

Les deux tendances auxquelles la meilleure partie de l’humanité est soumise se rencontrent donc dans la métaphysique chrétienne, et font de la religion du Christ une religion vraiment universelle. Les croyances sémitiques au contraire procèdent exclusivement d’une seule, celle à laquelle on a donné le nom de monothéisme, nom mal choisi, car au fond le panthéisme aryen n’admet pas moins l’unité de Dieu que la doctrine des Juifs ou celle des Arabes. Ce qu’il y a d’exclusif dans l’idée sémitique a eu deux conséquences qui se déroulent dans l’histoire : en matière de religion, les peuples sémites se sont fermés à toute influence étrangère, et ils n’ont pu propager leurs dogmes au dehors que par la violence. Les Juifs n’ont jamais essayé de convertir les autres nations ; ils se sont contentés de se regarder eux-mêmes comme privilégiés et comme supérieurs au reste des hommes. Le développement de l’islamisme appartient plutôt à l’histoire politique et militaire qu’à la science des religions. Il s’est étendu sur des peuples d’origine aryenne dans l’Asie centrale et dans l’Hindoustan, ainsi que sur des populations