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les savans allaient la chercher. Quant à la religion, elle demeurait une institution publique à laquelle beaucoup de pratiques individuelles s’ajoutaient ; mais elle n’avait de valeur réelle que par le symbolisme métaphysique qui en était le fond. Quand le christianisme pénétra dans le monde occidental, il fut le premier à y prêcher la morale au nom de la religion et à faire de la règle de vie une portion du dogme. Ce que les chrétiens reprochaient à la religion païenne, c’était non-seulement d’être étrangère à la morale, mais souvent même de lui être contraire en offrant aux hommes l’exemple du vice. Le christianisme n’eut donc pas d’antécédens moraux chez les peuples de l’Occident ; c’est une tentative stérile, et qui n’a rien de scientifique, de vouloir montrer que toute la morale chrétienne se trouvait dans les écrits des philosophes grecs ou latins antérieurs à Jésus-Christ. Cela n’a rien de surprenant, et je ne vois pas même pourquoi l’on n’admettrait point que les moralistes chrétiens ont dès l’origine puisé dans les dissertations des philosophes ; mais, cela fût-il démontré, il n’en demeurerait pas moins que le christianisme fut en Occident une révolution morale qui s’étendit à tous les hommes, et que cette révolution procéda par la voie religieuse et non par celle de la philosophie. C’est là toute la question. Il est certain qu’avant le christianisme il n’y avait pas dans le monde occidental un enseignement moral populaire se présentant sous une forme religieuse et constituant une partie de la foi. Cette religion eut donc dans l’origine le caractère d’une révolution morale. Plus tard, vers la fin du IIe siècle, elle commença à développer sa métaphysique, qui, dans les discussions, des pères avec les philosophes d’Alexandrie, atteignit à la hauteur où ces disciples de Platon et de l’Orient la portèrent eux-mêmes ; mais quelle qu’ait été et quelle que soit encore aujourd’hui la valeur de la métaphysique chrétienne, la véritable influence du christianisme et sa véritable grandeur résident dans l’action morale qu’il exerce.

Ainsi, plus on remonte la série des temps, plus on voit chez les peuples aryens la religion étrangère à la morale. Et quand on s’arrête soit au Vêda, soit au polythéisme des peuples occidentaux, on ne trouve plus dans la religion que ses deux élémens essentiels, le dieu et le rite.

La même réduction s’opère relativement au sacerdoce. Il n’y a pas de système social où l’ordre des prêtres soit constitué suivant une hiérarchie plus solide que dans les trois religions modernes, le mahométisme, le christianisme et le bouddhisme. Le sacerdoce brahmanique doit sa durée non à sa constitution particulière, qui est nulle, mais au régime des castes, dont il est pour ainsi dire la clé de voûte. Les brahmanes sont égaux et n’ont jamais depuis leur