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de peur d’une descente de police, le manuscrit de sa seconde édition.

La restauration montra plus de tolérance. Parmi les sciences, il s’en trouvait qui étaient peu de son goût, et l’économie politique était du nombre ; aucune d’elles, ne fut frappée préventivement. Il y eut même pour la science économique, entre 1814 et 1820, une sorte de floraison qui s’étendit à toute l’Europe. À Genève Sismondi, en Angleterre Mac-Culloch, Ricardo et Tooke en agitaient les problèmes ; en Allemagne, elle avait pour interprètes le docteur Kraus et le comte de Soden, dans le royaume de Pologne Frédéric Skarbek, en Espagne Florès Estrada. À Saint-Pétersbourg, le docteur Storch l’enseignait aux grands-ducs de Russie. En France, le Traité de Say, affranchi d’un long séquestre, arrivait en six ans à sa quatrième édition. Partout s’élevaient des écoles économiques qu’animait le talent et que fortifiait le débat. La nôtre n’était ni la moins influente ni la moins honorée. Le gouvernement d’alors jugea opportun de faire quelque chose pour elle : une mission officielle fut confiée à Jean-Baptiste Say. Il devait aller en Angleterre et s’assurer de l’état de l’industrie en ce pays. On lui demandait d’observer plutôt que de commenter les faits, d’étudier les nouveaux procédés manufacturiers, et de rendre compte au ministre de ce qu’il aurait vu et recueilli. Ce voyage fut des plus heureux. L’économiste porta sur toutes choses son œil exercé, entra dans les ateliers, visita les universités, et y reçut un bon accueil. À Glasgow, on l’invita à s’asseoir dans la chaire où avait professé Adam Smith ; à Londres, il forma des liaisons d’un grand prix et dans le sens de ses études, De retour en France, il était mieux armé, plus maître de son sujet. Le rapport qu’il adressa au ministre alla, comme d’habitude, s’enfouir dans la poussière des cartons ; mais la substance en passa dans des livres destinés à durer. Sous cette forme, l’enseignement avait désormais son plein exercice ; il ne lui restait qu’à se produire sous la forme orale et à passer du cabinet du savant dans la chaire du professeur. C’est à ce mode d’exposition que pensa Jean-Baptiste Say dans les années qui suivirent son voyage. À défaut de chaires officielles, on pouvait recourir à des chaires libres ; ce fut dans l’une d’elles que l’économie politique se ménagea un accès et fit ses débuts.

Il existait en 1815 un Athénée où les lettres et les sciences se partageaient dans des proportions inégales la matière des cours, Pourvue d’une autorisation, cette institution ne laissait à ses professeurs que les libertés compatibles avec la politique du temps, C’était un embarras pour Say, qu’on peut appeler un libéral de la première heure, et d’autant plus ferme qu’il ne se rattachait à aucun parti. Il avait sur les fonctions d’un gouvernement, quel qu’il