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LES CHAIRES
D'ECONOMIE POLITIQUE
EN FRANCE

Il s’est fait une trêve dans les débats longtemps engagés au sujet de l’économie politique. On la discute moins depuis qu’on peut la voir à l’œuvre. Le public est devenu le vrai juge du camp. Ceux qui l’ont constamment défendue attendent avec confiance qu’elle démontre et affermisse ses principes par ses actes. Ceux qui l’ont combattue semblent désarmés par l’évidence des résultats d’une première application sous la forme de traités de commerce. La cause est à peu près gagnée, et il est à remarquer que ni les circonstances ni la disposition des esprits ne lui étaient favorables. Si l’épreuve a réussi, c’est malgré les accidens qui lui faisaient échec, — la réduction des débouchés américains, la gêne des finances publiques et privées, la paix menacée ou rompue. Une seule de ces causes eût suffi pour déconcerter toute autre doctrine dans le passage laborieux de la spéculation à la pratique ; celle-ci n’en a pas été affectée et a tenu ses promesses. On avait annoncé qu’elle multiplierait les ruines ; il n’y a eu de ruines que pour les industries qui se sont égarées hors de leurs voies en sacrifiant au goût du jeu et à l’esprit d’aventures. On avait dit qu’un changement de régime serait un trouble sans compensation, et déjà l’on peut voir ce que notre activité a gagné à sortir de son isolement. L’industrie s’est délivrée des fantômes qui l’obsédaient, son domaine s’est étendu au lieu de se restreindre ; elle est mieux armée, plus aguerrie, et revient de ses alarmes et de ses préventions à mesure