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publics construits aux frais de la ville ou du gouvernement provincial. On y compte maintenant plus de 22,000 habitans, et la municipalité dispose d’un revenu supérieur à 500,000 francs. Trois théâtres, neuf banques, une douzaine d’églises consacrées aux diverses communions, un splendide hôpital, des cabinets de lecture et un musée attestent que la population n’est étrangère à aucun des progrès de la civilisation. Les rues sont pavées, éclairées au gaz, arrosées abondamment par des conduites d’eau fraîche. La capitale du district n’est pas la seule ville où l’on trouve ces preuves évidentes de la richesse du pays. One douzaine d’autres municipalités de création plus récente suivent cet exemple, et présentent sur une moindre échelle les mêmes signes de prospérité. Tout cela est le produit des mines.

Aux environs de Ballarat, les alluvions superficielles, qui furent très riches dans l’origine, sont à peu près abandonnées. Le sol, qui est composé en grande partie de débris de roches volcaniques, est fécond et convient à merveille aux cultures diverses et à l’élève des troupeaux. Aussi la campagne est émaillée d’une foule de petites maisons entourées de jardins d’une végétation luxuriante. On ne se douterait guère qu’on est dans un pays de mines, si de hautes cheminées en brique ne trahissaient çà et là l’activité des usines et des opérations souterraines. L’exploitation porte principalement sur des sédimens. anciens qui ne peuvent être atteints, ainsi qu’on l’a vu plus haut, qu’en perçant des puits à une grande profondeur et après des travaux préparatoires d’une durée de deux à cinq ans. Ces entreprises sont l’œuvre de simples ouvriers qui, s’associant ensemble, constituent une compagnie en participation. Une fois qu’ils ont obtenu une concession dans le voisinage de quelque autre entreprise qui a déjà réussi, les capitaux ne leur manquent pas. Les particuliers et même les maisons de banque leur avancent, au taux courant de l’intérêt, l’argent nécessaire à l’achat des machines. Les aubergistes et marchands au détail leur font crédit pendant plusieurs années, s’il le faut, jusqu’à ce qu’ils aient atteint la veine aurifère. Ainsi tous les habitans du pays, pauvres ou riches, négocians ou agriculteurs, sont plus ou moins intéressés au succès des travaux des mines. Veut-on savoir maintenant quels résultats ces sociétés obtiennent ? Voici un exemple qui ne doit pas être considéré comme un cas de réussite exceptionnelle. La Great extended Company, dont tous les sociétaires, au nombre de quatre-vingts, étaient ouvriers mineurs, entreprit en 1857 de creuser un puits. Elle employa trois ans et demi à descendre jusqu’à la profondeur de 105 mètres, où le terrain schisteux fut atteint, et elle avait dépensé alors environ 500,000 francs en machines à vapeur, charpentes pour le boisage