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géologique. C’est là qu’on doit aujourd’hui l’aller recueillir. Par-dessus ces alluvions se sont épanchées les couches de basalte qui les ont nivelées ; au-dessus encore sont venues d’autres alluvions qui ne sont pas aurifères, d’autres couches de basalte, et ainsi d’étage en étage jusqu’au sol actuel, qui ne conserve aucune apparence de l’ancien temps ni aucune trace des formes de l’ancien sol aux points les plus bas duquel il importe de creuser. Quelquefois cependant on rencontre aussi des dépôts aurifères à la surface ou près de la surface, à quelques mètres au-dessous ; ils sont alors voisins des filons quartzeux et en sont évidemment les débris les plus récens. Dans ce cas, le mineur n’a qu’à laver le sable sur lequel il marche pour en extraire de la poudre d’or.

Ces gisemens d’or ne sont pas, ainsi qu’on serait tenté de le croire, l’apanage de petits cantons restreints et isolés les uns des autres ; dans des provinces entières, sur des milliers de kilomètres carrés, on foule à chaque pas un terrain aurifère : tels sont en particulier, en Californie, les pentes inférieures de la Sierra-Nevada jusqu’aux bords du Sacramento, et, dans la province de Victoria, l’espace occupé par la chaîne de montagnes qui s’étend dans une direction parallèle à la côte méridionale du continent. On a déjà déterminé dans cette dernière région quatre-vingts ou cent champs d’or différens qui s’élargissent à mesure qu’on les explore, et finiront sans doute par se rejoindre lorsqu’on les aura suivis jusqu’à leurs dernières limites. L’or ne se présente pas partout avec la même abondance, mais partout on en trouve des traces. Ici elles sont tellement faibles que le mineur n’en tireras un gain suffisant ; son voisin au contraire tombera tout à coup sur une veine si riche qu’il remue littéralement l’or à la pelle. Le district de Bendigo a dû sa principale réputation à ces magnifiques surprises dont profitèrent les premiers diggers qui s’y établirent.

D’où vient cette prodigieuse quantité de métal précieux accumulé dans ces pays favorisés ? Y a-t-il donc sous la croûte solide du globe un immense réservoir d’où cet or est venu et où il en reste sans doute encore beaucoup plus ? Sur ce sujet, on oserait à peine risquer une hypothèse, et l’examen de cette question serait à coup sûr sans objet, car s’il existe dans les entrailles de la terre de véritables agglomérations d’or natif, quelque chose d’analogue aux mines de houille, c’est assurément à une profondeur telle que l’homme ne saurait y pénétrer. Tous les efforts des savans se sont bornés jusqu’à ce jour à déterminer aussi bien que possible les gisemens des minerais aurifères, à constater quelles roches leur sont associées, entre quelles couches de terrain ils se trouvent, problèmes à peu près résolus ; mais il en reste d’autres à résoudre.