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une tente ou dans une baraque de la pire apparence réaliser un bénéfice de plus de 100,000 francs par an, Quant à l’interdiction de rendre des liqueurs fortes sur les diggings, cette mesure produisit un bon effet incontestable, mais excita un mécontentement général que d’autres causes allaient bientôt transformer en révolte ouverte.

les droits des mineurs n’étaient écrits nulle part. Selon eux, c’était bien simple : toute terre supposée aurifère leur appartenait, et nul ne pouvait les empêcher d’y faire des fouilles, cette terre eût-elle été déjà achetée et mise en valeur. Dans le principe, le gouvernement s’était contenté d’affirmer le droit régalien de la couronne à la propriété de toutes les mines de la colonie, et il avait pris ce motif pour justifier l’établissement de la redevance mensuelle due par chaque mineur, redevance énorme en réalité, et qui prouve à quel point ce travail était profitable. Tout mineur pourvu de sa licence n’avait qu’à se rendre sur le sol, où il lui plaisait, qu’à choisir un claim, carré de terrain de douze pieds de côté, aux angles duquel il plantait de petites baguettes pour en fixer les limites. Il avait le droit d’exploiter cet endroit indéfiniment, pourvu qu’il n’abandonnât pas son trou plus de vingt-quatre heures, car cet abandon le faisait retomber dans le domaine public. Il semblerait qu’une formalité si simple ne put engendrer de discussion ; mais si la veine est bonne, d’autres mineurs se pressent bien vite autour du premier : on se dispute la moindre parcelle du sol ; puis, au fond de son puits, le mineur creuse ses galeries en tous sens, sans tenir compte des limites tracées à la surface. De là des réclamations sans nombre. La population des mines, fatiguée d’être à la merci du plus fort, en vint bientôt à dire que, puisqu’elle payait des taxes élevées, il était du devoir du gouvernement de garantir la sécurité du travail. Jusque-là les magistrats du district avaient toujours été des squatters qui étaient hostiles aux empiétemens des diggers. Ceux-ci voulaient-ils acheter des terres et les cultiver, on leur en refusait. Bref, les mineurs, qui formaient plus de la moitié de la population totale de la province, et qui avaient la prétention de faire à eux seuls la prospérité du pays, se voyaient mis en dehors de la société et de l’administration des affaires coloniales. Tout ce qui les intéressait était traité sans eux.

Les Anglais ont prétendu depuis, qu’il se trouvait alors sur les champs d’or de la Victoria un certain nombre d’exilés de 1848, des Allemands surtout, fauteurs de désordres, qui voulaient recommencer en Australie les révolutions auxquelles ils avaient pris part dans leur pays natal. Ce fait est peut-être douteux. Toujours est-il qu’au mois de décembre 1854 quelques mineurs de Ballarat refusèrent résolument d’acquitter le droit mensuel de licence. À la première