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découverte féconde, une sorte d’enquête où furent établis les mérites de chacun des explorateurs qui ont été nommés plus haut. Une autre somme de 25,000 francs fut votée en même temps au profit du révérend B. Clarke. Quant au comte Strzelecki et à sir R. Murchison, dont les titres à une récompense nationale n’étaient guère plus contestables, on reconnut leurs droits à l’honneur de la découverte, sans néanmoins leur accorder une légère part de la moisson dorée que l’un avait entrevue le premier et que l’autre avait prédite avec tant de confiance et de sagacité.

Lorsque les premiers fragmens d’or natif recueillis par M. Hargreaves arrivèrent à Sydney, l’effet produit fut indescriptible. Le ravin de Summerhill, où la veine avait été mise au jour, était à deux ou trois cents kilomètres à l’ouest de la capitale. Toute la population valide voulut s’y rendre aussitôt, les plus heureux en voiture, la plupart à pied, emportant sur leur dos les provisions de la semaine et les outils du mineur. Les départs pour la Californie avaient déjà produit un certain vide dans la capitale ; ce fut bien pis cette fois. Les rues étaient désertes, les maisons inhabitées, les boutiques fermées faute de marchands et de cliens. Chacun vendait au plus vite tout ce qu’il possédait, qui sa maison, qui ses moutons ou ses marchandises, persuadé que les mines lui réservaient une fortune bien plus considérable. Les colons, déjà enrichis par d’autres trafics et que la perspective d’un travail manuel assez pénible détournait d’aller aux mines, n’avaient plus ni bergers pour garder leurs troupeaux, ni ouvriers pour quelque ouvrage que ce fût. La propriété mobilise et immobilière subit une baisse incroyable, et les gens prudens et perspicaces purent acquérir pour un prix fabuleusement réduit des rues entières de maisons inoccupées ou des moutons et des bêtes à cornes par milliers.

De cette foule qui était partie si vite de Sydney pour Bathurst, et de Bathurst pour le ravin de Summerhill, beaucoup revinrent désappointés. En réalité, le premier champ d’or que M. Hargreaves avait exploité était très restreint en étendue et peu productif. Premières épreuves de ces alternatives d’espérances déçues et de joies inopinées, qui font que la vie des mineurs est si énervante ! L’illusion fut cruelle pour ceux qui avaient quitté un emploi bien rétribué ou sacrifié leur fortune présente afin d’arriver plus vite à l’opulence, et la plupart retournèrent sur leurs pas en maudissant la fausse nouvelle qui les avait abusés, ainsi que le mineur, M. Hargreaves, imposteur, selon eux, qui les avait entraînés à sa suite. Le découragement fut de courte durée. Un mois ne s’était pas encore écoulé que l’on avait reconnu d’autres champs d’or dans le voisinage et en d’autres districts éloignés du premier. Au même moment, un aborigène