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l’heure l’Académie était l’occasion, le voilà qui reparaît à propos du public. Il y a trente ans (disons plutôt quarante), lorsque non-seulement l’Institut, mais tout le monde avait, en matière d’art, un parti-pris ; lorsque personne, ou peu s’en faut, ne se piquait encore d’impartialité et ne jugeait sans prévention, sans esprit de système, une intervention du pouvoir en faveur de la liberté du goût, un acte protecteur donnant courage au sentiment individuel, pouvaient avoir, sinon très grand succès, du moins quelque opportunité ; mais aujourd’hui à quoi bon et pourquoi ? Le pléonasme est évident. C’est enfoncer la porte la mieux ouverte, souffler dans le sens du vent, pousser à une roue qui déjà va trop vite. Comprend-on qu’on s’amuse à bâtir une réforme sur une vieille idée, et qui n’est vieille après tout que parce que le besoin qu’elle exprime est déjà satisfait et plus que satisfait ?

Ainsi l’esprit, le principe du décret, l’idée de patronner, par préférence et avant tout, l’originalité personnelle, c’est-à-dire d’enseigner ce qui ne s’enseigne pas, cette idée fausse et dangereuse en soi le devient d’autant plus qu’elle est moins opportune et qu’elle favorise outre mesure des penchans déjà surexcités, des penchans qu’il faudrait combattre, ou tout au moins régler et contenir.


II

Mais que voulez-vous ? dira-t-on. Demandez-vous qu’on restaure l’ancien état de choses purement et simplement ? Vous en faites-vous le champion sans réserves ? L’acceptez-vous tel qu’il était ? En un mot, n’y avait-il rien à faire ?

À juger de l’enseignement par l’état des études, c’est-à-dire par les résultats visibles du concours, nous dirons que dans ces derniers temps, sans qu’il y eût, tant s’en faut, sujet de se féliciter, rien cependant n’appelait la foudre sur notre école, rien n’exigeait que tout y fût changé. Dans les derniers concours, la peinture, il est vrai, avait peut-être dépassé le degré de faiblesse atteint déjà en d’autres temps ; mais ses deux sœurs, la sculpture et l’architecture, s’étaient plutôt montrées avec quelque avantage. Nous l’avons dit, pour nous l’abaissement graduel de l’art, dont on s’alarme à si bon droit, n’est pas un fait purement scolaire : des causes générales et profondes contribuent pour une bonne part à cet affligeant résultat ; mais nous ne prétendons pas que rien ne fût à reprendre dans notre enseignement. Depuis assez longtemps, un certain relâchement pouvait s’être introduit dans l’établissement principal, dans le centre de nos études, l’École impériale des Beaux-Arts,