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des richesses extraites du sol ; la laine et les troupeaux rendent presque autant ; les autres industries donnent des produits, sinon d’égale importance, au moins d’une valeur que l’on ne saurait dédaigner. Pour être juste cependant, on ne doit pas uniquement juger les mines d’or d’après le produit net qui en sort. Le précieux métal n’est pas une marchandise comme une autre ; il a des caractères qui lui sont propres. C’est le signe le plus mobile, mais aussi le plus manifeste, le plus universel, de la richesse humaine. Aucun travail n’est plus fécond en surprises, en émotions imprévues, que l’exploitation des terrains aurifères. Aussi, ne faut-il pas s’étonner du puissant attrait qu’il exerce. On ne sera même pas surpris qu’il ait pu produire en Australie une sorte de révolution économique et sociale, pour peu qu’on examine, comme nous voudrions le faire, les conditions dans lesquelles s’exploite le précieux métal, et qu’on s’applique à mieux saisir le caractère de la singulière industrie du chercheur d’or.


I

Lorsqu’à la fin de 1848 le bruit se répandit dans le monde que des mines d’or d’une prodigieuse fécondité avaient été découvertes en Californie, cette nouvelle produisit plus d’effet peut-être en Australie qu’en aucune pays d’Europe. Tout ce qu’il y avait de remuant et d’instable dans la population fut ébloui par le mirage lointain de ce nouvel Eldorado ; les émigrans s’embarquèrent à Sydney par centaines pour l’Amérique du Nord, au point que les colons, qui se plaignaient déjà que les ouvriers leur fissent défaut, s’inquiétèrent d’en voir encore diminuer le nombre et que la propriété subit une dépréciation sensible. L’esprit d’entreprise, qui depuis vingt ans attirait les sujets de la Grande-Bretagne vers le continent austral, allait les ; pousser vers d’autres rivages. La prospérité du nouvel empire était compromise, si l’on n’y découvrait aussi l’or. L’espoir de cette découverte était permis, si l’on devait ajouter foi aux indications très précises que certains savans avaient données, et dont on avait négligé de tenir compte jusqu’à ce jour.

Pendant la première année qui suivit la fondation du dépôt pénitentiaire à Botany-Bay, un convict prétendit avoir trouvé un fragment d’or natif. Il présentait en effet une petite masse de ce métal ; mais, incapable de désigner l’endroit où il disait avoir fait cette trouvaille, il fut convaincu d’avoir fabriqué ce spécimen en fondant ensemble des boutons de cuivre et un bijou volé ; sa supercherie fut punie de cent cinquante coups de fouet. Cependant plusieurs personnes restèrent persuadées que cet homme avait été victime d’une