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sont celles d’un homme de quarante ans ; maintenant il va compléter son éducation en passant une année à Paris et à Berlin » Voilà de beaux germes, je souhaite qu’il y en ait beaucoup de pareils et qu’ils se développent ; mais ce n’est pas tout d’apprendre à force et d’aimer le choc des idées : il faut produire, se faire une voie propre ; sans invention, il n’y a pas de culture véritable : Plusieurs de mes amis témoignent à ce sujet des inquiétudes, jugent cette ébullition superficielle, disent que la nouvelle science est une sorte d’opéra, une grande féerie à laquelle se livrent les cervelles spéculatives. « Quelques érudits, disent-ils, importent et accumulent des montagnes de matériaux étrangers ; une foule de curieux se-pressent autour des plans, des fac-simile et copies des architectures étrangères : qui concevra et exécutera le monument national ? »

Dans les rues, à la promenade, au théâtre.

La plupart des femmes sont ordinaires, mais il y a quantité de très jolis jeunes gens fort élégans, parfaitement habillés, Un de nos amis qui a parcouru l’Italie disait qu’on rencontre dans de toutes petites villes des gens qui ont dîné d’un morceau de pain et de fromage, mais qui ont des gants frais et semblent sortir de chez Dusautoy. La règle universelle est que plus un homme songe aux femmes, mieux il s’habille.

Beaucoup d’entre eux ont une tête comme celles du Corrége, un air tranquillement voluptueux, un sourire continu de sécurité heureuse. Cela est bien aimable et fait comprendre leur espèce d’amour. Quand ils parlent à une femme, ce sourire devient alors plus engageant et plus tendre : rien de piquant ni de pétulant à la française ; ils ont l’air ravis, ils semblent savourer délicieusement une à une, comme des gouttes de miel, les paroles qui vont tomber de sa bouche. Les petites chansons populaires, la musique nationale, l’opéra de Cimarosa, expriment le même sentiment.

Dans le peuple, toute jeune fille de quinze ans a un amoureux ; tout jeune homme de dix-sept ans est amoureux, et les passions sont très fortes et très durables. Tous deux pensent au mariage, et l’attendent aussi longtemps qu’il le faut, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’amoureux ait pu acheter la pièce principale du mobilier, un lit immense et carré. Notez qu’il ne vit pas en trappiste pendant l’intervalle. Nulle population, n’est plus adonnée au plaisir, plus précoce. Dès treize ans, un enfant est un homme.

La jeune fille est à sa fenêtre, le jeune homme passe, repasse, se tient sous les portes cochères, ils se font des signes. Dans la rue où j’habite est une certaine fenêtre, demi-ouverte ; l’amant en voiture montait et redescendait la rue trente fois de suite dans l’après-midi, puis allait se promener à la Villa-Reale. Vous pouvez sans