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académique n’est pas ce qui nous touche ici. Occupons-nous seulement du décret ; ne parlons même pas des embarras que tout d’abord il a pu rencontrer. Ces troubles, ces moqueries, ces étourderies de jeunesse ne sont pas d’infaillibles arrêts. On a vu de sages mesures tout aussi mal débuter et plus tard conquérir la vraie faveur publique. Qu’on nous permette de le dire, si sur les bancs de notre école cet acte du pouvoir n’eût d’abord soulevé que de simples critiques, si ces jeunes esprits, troublés dans leurs plans d’étude, ne s’étaient cru le droit de réclamer d’un ton un peu trop véhément, nous aurions signalé plus tôt, dès le premier moment, dès l’apparition du décret, ce qu’il a, selon nous, de regrettable et de défectueux. Ne voulant pas souffler le feu, nous nous sommes gardé de mêler une voix discordante aux éloges et aux remercîmens. que tant d’organes de la presse prodiguaient à ces nouveautés comme à une œuvre de délivrance et d’émancipation ; mais aujourd’hui que le calme, sinon la soumission complète, est rentré dans l’école, tout scrupule doit cesser, et la critique peut reprendre ses droits. Nous allons donc dire notre avis franchement, sans complaisance et sans hostilité, aussi bien sur la question même de l’enseignement des-arts du dessin que sur la solution qu’elle vient de recevoir ; nous nous attacherons aux trois points principaux qui font la base du décret :

Le régime intérieur, la constitution de l’École des Beaux-Arts ;
Le nouveau mode d’enseignement ;
Les modifications introduites dans le système d’encouragement.

Il nous faudra chercher quel était avant le 13 novembre 1863 l’état de nos écoles de Paris et de Rome, ce qu’il importait de faire, les lacunes qu’on pouvait combler, les abus plus ou moins réels, les directions plus ou moins fausses qu’il y avait lieu de redresser ; puis nous verrions ce qu’on a fait, et comment en dépassant le but, en mettant tout à neuf, on a tout compromis. Une réforme eût suffi, c’est une révolution qu’on a faite. Aussi, loin d’assurer le progrès qu’on prétendait servir, on court risque, au contraire, de rendre plus rapide la décadence qu’on voulait arrêter. Et maintenant quel remède ? Suffira-t-il de retrancher quelques dispositions de détail ? Non, l’expérience en est faite. Ou a eu beau, depuis six mois, corriger le décret et le recorriger, le modifier à la surface, en ajourner quelques parties, en supprimer quelques autres ; on n’a rien changé, rien guéri. Le mal est plus profond. C’est le principe même, c’est l’esprit de l’organisation nouvelle qui en fait le vice et le danger.