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de lieutenant-gouverneur, de secrétaire d’état, de trésorier d’état, d’auditeur (auditor) et d’attomey-general. Autrefois le gouverneur du Massachusetts, assisté de son conseil, choisissait lui-même les magistrats qui devaient le seconder. Les démocrates parvinrent, il y a quelques années, à lui enlever cette prérogative ; mais ce parti du moins n’a jamais réussi à livrer le choix des juges de tribunaux au suffrage populaire, comme dans les états de New-York, de Pensylvanie et dans les états de l’ouest. les nominations aux fonctions de l’état se firent sans discussion. Le choix seulement de l’attorney-general demeura longtemps indécis, et on fut obligé de recourir à un scrutin régulier.

Après les officiers ministériels de l’état, la convention nomma deux électeurs présidentiels, dits at large. Ce mot demande une explication. Le président des États-Unis, on le sait, n’est point l’élu du suffrage direct et universel. Les électeurs au second degré, choisis par le peuple dans ses comices, ne représentent pas seulement la masse des citoyens, ils représentent aussi le principe fédéral. En conséquence, le corps électoral est calqué exactement sur le congrès, où chaque état envoie invariablement deux sénateurs et un nombre plus ou moins grand de représentans, suivant le chiffre de la population. Aux représentans correspondent des électeurs nommés dans les mêmes districts, aux sénateurs des électeurs at large, c’est-à-dire élus par l’état tout entier. Outre les voix auxquelles lui donne droit le chiffre de sa population, chaque état jette ainsi dans la balance électorale deux voix supplémentaires qui représentent en quelque sorte le principe abstrait de son individualité.

La convention d’état de Worcester n’avait point à choisir les électeurs de districts, qui sont nommés dans les districts électoraux ; elle choisit seulement les deux électeurs sénatoriaux. L’un d’eux, qui fut nommé au milieu d’enthousiastes acclamations, était M. Edward Everett, ancien ministre des États-Unis en Angleterre et candidat à la vice-présidence aux élections de 1860. Attaché toute sa vie aux principes conservateurs de l’ancien parti whig, M. Everett se lia temporairement à la fraction du parti démocratique qui voulait porter M. Bell au fauteuil présidentiel, dans l’espérance d’empêcher le triomphe de cette démocratie exaltée et sans scrupules qui avait choisi pour candidats Breckenridge et Douglas. Le parti dit Bell-Everett ne survécut pas à la campagne présidentielle de 1860. La guerre civile suivit de près la nomination de M. Lincoln, et M. Bell s’attacha temporairement à la fortune du sud ; M. Everett au contraire resta fidèle à cette Union dont il avait si souvent et dans un si magnifique langage célébré les glorieux fondateurs. Il y eut comme un rajeunissement chez ce vieillard. L’astuce et la violence des partis