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grâce toutes les passions démagogiques. À New-York, les deux frères Wood, qui, après les troubles qui ensanglantèrent cette ville presqu’au lendemain de la bataille de Gettysburg, étaient rentrés un moment dans l’obscurité, reformaient les rangs de leur nombreuse armée démocratique, toujours prête pour le désordre. Tels furent les alliés qui s’imposèrent à ces nombreux démocrates restés fidèles à leur pays et à l’Union, et simplement disposés à user de leur droit constitutionnel pour reconquérir le pouvoir.

La convention du parti démocratique eut lieu à Chicago. Le choix de cette ville était une flatterie pour l’ouest, appelé à jouer un rôle de plus en plus prépondérant dans les élections présidentielles et dans la politique générale de l’Union. Dix-huit mille personnes environ se réunirent dans la belle cité, presque née d’hier et aujourd’hui devenue la capitale de la région des grands lacs du nord de l’Amérique. Le gouverneur Seymour fut nommé président de la convention, et M. Vallandigham fut le rédacteur principal de la plateforme du parti. En dépouillant ce document de sa phraséologie, on peut le résumer en deux propositions : — armistice immédiat, puis convention de tous les états tant du sud que du nord pour régler les conditions de la paix. En proposant un armistice immédiat, le parti démocratique affirmait que la guerre continuée pendant trois ans avait été impuissante et stérile. Cette déclaration, faite en termes peu mesurés, qui étaient comme un défi au courage de la nation, souleva une profonde indignation dans le nord. On n’offense pas impunément ce sentiment délicat qui s’appelle l’honneur chez les individus et le patriotisme dans une nation. La plateforme de Chicago fut regardée comme une insulte au pays et à l’armée ; l’injure fut ressentie d’autant plus vivement que la réunion du parti démocratique fut presque immédiatement suivie d’une succession de brillantes victoires : la fortune se reprit à sourire aux armes fédérales. Coup sur coup, on reçut la nouvelle de la prise d’Atlanta, des combats glorieux livrés par le général Sheridan dans la vallée de la Shenandoah, de la capture des forts qui gardaient la rade de Mobile par l’escadre de Farragut. Le général Grant n’avait encore obtenu aucun succès décisif ; mais ses lignes se resserraient et s’étendaient autour de Petersburg et de Richmond, et les recrues venaient chaque jour grossir son armée. Toutes les âmes s’ouvrirent à la joie, à l’espérance ; l’or redescendit à des cours plus bas par des secousses rapides. Au découragement des mois longs et oppressifs de l’été succéda un retour de confiance, d’entrain, de virile et joyeuse résolution. Ainsi les jours de l’automne aux États-Unis ont souvent une splendeur plus vive que les jours caniculaires ; les horizons semblent plus profonds, et la lumière se colore de reflets