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Les échecs, les lenteurs inévitables de la guerre, les incertitudes du gouvernement permirent à l’ancien parti démocratique j renversé par l’avènement de M. Lincoln, de se reconstituer par degrés, de choisir de nouveaux chefs à la place de ceux qui s’étaient spontanément et loyalement rangés parmi les défenseurs du pouvoir, de chercher de nouveaux points de ralliement et de reformer leurs cadres, qui pendant si longtemps avaient été remplis par la majorité de la nation, La guerre avait paru d’abord porter un coup fatal au parti démocratique du nord, qui depuis cinquante ans s’était montré rallié fidèle et, complaisant de l’oligarchie des maîtres d’esclaves ; mais elle se prolongea si longtemps que le parti reprit courage. Tout le servit comme à souhait : la modération politique de M. Lincoln, qui, arrivé au pouvoir dans les circonstances les plus critiques, fit appel à tous et montra aux démocrates, surtout dans les états frontières, une complaisance bien faite pour inquiéter et irriter ceux qui l’avaient porté à la présidence ; l’attitude et les sentimens politiques de Mac-Clellan, attaché, comme la plupart des anciens élèves de Westpoint, aux traditions du parti démocratique ; l’hostilité, longtemps sourde et bientôt ouverte, entre le jeune général et le pouvoir exécutif, son opposition à la politique d’émancipation, et au recrutement des régimens noirs, les échecs subis en Virginie par les généraux qu’on lui donna comme successeurs dans le commandement de l’armée du Potomac. Depuis la mort de Douglas, qu’on nommait familièrement « le petit géant de l’ouest, » les démocrates n’avaient plus de chef : ils en trouvèrent un dans le général Mac-Clellan. Sa campagne dans la péninsule virginienne n’avait pas été heureuse ; mais il avait remporté à Antietam une victoire qui avait assez relevé son prestige militaire pour que son nom pût encore regagner quelque popularité parmi les masses. On le savait disposé à rétablir l’Union par un compromis politique, et sa réserve un peu énigmatique donnait même à penser à quelques-uns qu’il avait reçu des chefs de la rébellion d’éventuelles promesses.

Les partis ont parfois une singulière clairvoyance : longtemps avant que le général Mac-Clellan se fût jeté dans l’opposition, avant qu’il écrivît de Harrison’s-Landing, sur les bords du James-River, alors qu’il commandait encore l’armée du Potomac, une lettre rendue publique, qui était une censure de la politique émancipatrice et des principes qui animaient le gouvernement dans la conduite de la guerre, les meneurs démocrates avaient jeté les yeux. sur lui pour la prochaine élection présidentielle. Quelques-uns même faisaient injure à son caractère, et, habitués à considérer M. Lincoln comme un intrus dans la Maison-Blanche, ils allaient jusqu’à voir dans le commandant de l’armée du Potomac une sorte de Monck