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douloureuse expérience, que la résolution et l’héroïsme de quelques hommes ne peuvent point prévaloir contre les forces parfois grossières et tumultueuses de la civilisation en marche.

Nous attendons avec plus de curiosité et d’anxiété les conséquences morales de l’élection du 8 novembre au nord et au sud des États-Unis que le résultat des opérations militaires momentanément engagées ; mais, sans anticiper sur un avenir qui se présente avec des chances plus favorables, les amis que la démocratie américaine a conservés en Europe peuvent trouver aujourd’hui dans le grand fait de la réélection de M. Lincoln des motifs suffisans de satisfaction et de confiance. Il y a eu, depuis quatre ans, de mauvais jours où l’on a pu trembler sur le sort de la république américaine. La cause de la liberté, de la démocratie, du progrès humain, est si malheureuse dans cette seconde moitié du XIXe siècle, qu’on a pu craindre par instans qu’elle ne fût menacée d’un nouveau désastre et condamnée à voir s’écrouler dans une chute précoce l’œuvre de Washington. L’attitude que vient de prendre le peuple américain est faite pour consoler, rassurer et encourager en Europe les amis de la liberté. L’Europe moderne et la jeune république américaine ont souvent réagi l’une sur l’autre dans les vicissitudes de leurs révolutions. Persuadés que ces influences réciproques des peuples les uns sur les autres doivent devenir de plus en plus actives, nous accueillons la grande manifestation du peuple américain comme un heureux augure du réveil des idées généreuses sur notre vieux continent.

Parmi les faits dont le parti libéral doit se féliciter, nous n’hésitons point à compter la fin des débats du parlement italien sur la convention du 15 septembre et la translation de la capitale. L’Italie a heureusement traversé cette crise ; elle y a trouvé une occasion d’affirmer son unité avec une nouvelle énergie. Nous louerons particulièrement les ministres italiens et le parlement d’avoir regardé courageusement en face, dans cette conjoncture, les difficultés de la question financière. La fermeté avec laquelle M. Sella a réclamé les ressources dont l’état du trésor rendait le recouvrement indispensable fait grand honneur à ce ministre ; elle a eu ce résultat heureux de provoquer de la part des municipalités qui offrent de faire l’avance de l’impôt foncier de 1865 une manifestation véritablement patriotique. En dépit des petites et intempestives chicanes diplomatiques auxquelles l’interprétation de la convention a donné lieu, l’Italie s’est exécutée, pour ce qui la concerne dans la convention, avec un empressement, un bon vouloir, un esprit politique très remarquables. Dans l’œuvre commune entreprise par la convention, l’Italie a fait pour le moment sa tâche ; elle est en règle. C’est à d’autres maintenant de parler et d’agir. La cour de Rome ne peut plus tarder beaucoup à faire connaître sa pensée et ses intentions sur la retraite des troupes françaises, sur le transfert proposé d’une partie de sa dette à l’Italie, sur la force protectrice de l’ordre intérieur qu’elle aura d’ici à deux ans à organiser. Jusqu’à présent, la cour de Rome a gardé le silence ; mais, les Italiens s’étant mis en mesure d’exécuter les engagemens