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vraisemblable ne nous oblige à croire qu’on ait torturé Galilée. L’abjuration honteuse qu’on lui imposa fut son seul martyre ; c’est le sentiment commun de tous ceux qui ont étudié et discuté les faits avec impartialité. La sentence ne fut pas exécutée dans sa dernière rigueur : Urbain VIII ne poussa pas la vengeance jusqu’à cette cruauté ; le soleil s’était couché bien des fois sur sa colère. En voyant Galilée abattu et humilié, il se souvint qu’il avait été son ami, et il eut pitié de ses angoisses ; au lieu d’une prison, il lui assigna pour résidence le palais de Piccolomini, archevêque de Sienne. Galilée resta cinq mois à Sienne. Vers les premiers jours de décembre, l’ambassadeur de Toscane, toujours ardent à le servir, obtint pour lui la permission de résider à sa maison de campagne d’Arcetri, près de Florence, sous la seule condition d’y recevoir peu de monde et de n’y pas tenir d’assemblée académique. Aidé et animé cependant dans sa retraite par l’amitié persévérante du duc Cosme et de son digne frère Léopold, entouré sans cesse de disciples studieux et dévoués, il reprit pour les perfectionner les grandes idées auxquelles l’avaient préparé les méditations de toute sa vie. Il avait depuis longtemps formé le projet d’utiliser l’observation des satellites de Jupiter pour la détermination des longitudes en mer. Tel était le but de tant d’études assidues et scrupuleuses qui lui révélaient enfin, il le croyait du moins, la loi de leur inconstance et de leurs irrégularités en lui permettant de prédire leurs fréquentes éclipses au moyen des lois immuables qui règlent leurs mouvemens. Il espérait, à l’aide de ces quatre petits corps, indiquer avec la dernière précision le moment d’une observation. Le roi d’Espagne et les états de Hollande avaient accueilli successivement ses propositions, et jusque dans l’extrémité de la vieillesse il s’occupa sans relâche d’apporter les améliorations suggérées par l’expérience des navigateurs les plus habiles et les plus pénétrans.

La détermination de l’heure exacte du lieu de l’observation étant un des élémens essentiels de l’observation, il fallait perfectionner l’horlogerie, encore très imparfaite : Galilée reprit donc les observations sur le pendule, et décrivit avec précision le mécanisme propre à entretenir le mouvement en le transmettant aux aiguilles sans en altérer l’uniformité. La question, longtemps discutée, est aujourd’hui complètement éclaircie, et l’on peut voir à Paris, au Conservatoire des Arts et Métiers, une horloge construite sur les indications données par Galilée à Viviani, et publiées par lui plusieurs années avant les travaux d’Huyghens sur le même sujet. Galilée se croyait toujours à la veille de résoudre définitivement et pratiquement le célèbre et important problème des longitudes : il s’en occupa sans relâche, et avec une confiance persévérante, jusqu’au jour où la perte de sa vue, arrêtant douloureusement ses ef-