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travail est restreint à huit heures par jour pour les enfans de neuf à treize ans, et à onze heures et demie par jour pour les adolescens de treize à dix-huit ans et pour les femmes. Les femmes n’avaient pas été comprises dans les bills antérieurs, qui en outre ne protégeaient les adolescens que jusqu’à l’âge de seize ans. D’après le bill de 1833, nul enfant ne peut être reçu le lundi à la fabrique, s’il ne rapporte un certificat constatant qu’il a suivi l’école deux heures par jour pendant les six jours de la semaine précédente. Quatre inspecteurs-généraux, ayant sous leurs ordres des sous-inspecteurs, sont chargés de veiller à l’exécution de la loi, et adressent chaque année au parlement des rapports détaillés qui reçoivent la publicité la plus étendue. Cette publicité était dès lors considérée comme un puissant moyen d’action ; mais le gouvernement ne s’en tint pas là. Averti par la longue impuissance des législations antérieures, il tint fermement la main à l’exécution de la loi nouvelle, et ne fit pas moins de deux mille procès en trois ans. Il pouvait désormais compter sur l’opinion publique, stimulée par les rapports annuels des inspecteurs-généraux. La lumière ne tarda pas à se faire, même dans les esprits les plus rebelles : il fut officiellement constaté que, depuis la réduction du travail des enfans, des adolescens et des femmes, l’industrie anglaise avait augmenté sa production et diminué le prix de ses produits. On en vint à se demander si cette limitation à huit heures n’était pas encore excessive, si le travail, réduit à la demi-journée au lieu du tiers de journée, ou en d’autres termes à six heures et demie au lieu de huit heures, ne compenserait pas par la qualité ce qu’il perdrait en étendue. Enfin, dans la séance de la chambre des communes du 28 février 1843, le secrétaire d’état sir James Graham, chargé de présenter la loi sur l’enseignement des classes laborieuses, prononça ces paroles mémorables, qui sont comme le résumé de toute la question : « Dans ma conviction, dit-il, si des enfans au-dessous de treize ans, après avoir travaillé huit heures dans un jour, sont envoyés à l’école, épuisés déjà par la fatigue, sans avoir pu jouir d’aucun repos, d’aucune récréation, il est impossible d’espérer qu’ils puissent retirer beaucoup d’avantages d’aucun système d’éducation, même du meilleur qu’on pourrait leur procurer. C’est en conséquence mon intention de proposer que les enfans depuis l’âge de huit ans jusqu’à l’âge de treize ans, employés dans les manufactures, ne travailleront pas plus de six heures et demie par jour. S’ils travaillent le soir, ils ne travailleront pas le matin, et s’ils travaillent le matin, ils ne travailleront pas le soir. Par ce moyen, chaque jour, soit avant, soit après midi, les enfans passeront au moins trois heures à l’école, j’ai toute raison de penser, je suis certain que les fabricans, désireux de coopérer cordialement