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facultés des jeunes créatures épuisées ainsi, mais jusqu’à leur vie même. Le parlement supprima, comme le voulait sir Robert Peel, le mot d’apprentis, et le remplaça par un terme plus général : réforme utile, mais comparativement peu importante, puisque la loi manquait de sanction et de précision. La durée du travail restait fixée à douze heures par jour pour tous les enfans au-dessous de seize ans, durée évidemment excessive, et ce qui prouve bien quelle était l’énormité du mal, c’est qu’une telle loi put être regardée comme un bienfait par les intéressés, et fut très mal obéie par les patrons. Wilberforce demanda en vain une journée plus courte pour les enfans au-dessous de treize ans. Il y a tant de différence entre un enfant de huit à neuf ans et un adolescent de quinze à seize ans, que la chambre aurait dû en être frappée ; mais sir Robert Peel lui-même s’en tenait à la journée de douze heures, et ne voulait pas entendre parler d’une réduction nouvelle. Sa philanthropie s’arrêtait à cette limite. Lorsqu’en 1825 Hobhouse revint à la thèse de Wilberforce, ce fut sir Robert, l’auteur du bill de 1802, qui, secondé par son fils, alors ministre, s’opposa de toutes ses forces à une mesure qu’il traitait d’inutile pour les enfans et de désastreuse pour l’industrie. Hobhouse obtint cependant une diminution de trois heures sur le travail du samedi, résultat insuffisant, mais qui pouvait passer pour une victoire après de telles résistances, parce que la fameuse limite de douze heures, opiniâtrement maintenue en 1802 et 1819, était enfin entamée. Depuis cette époque, le travail fut limité en fait à onze heures et demie par jour.

Le principe de Wilberforce, la distinction des enfans et des adolescens, triompha l’année même de sa mort, en 1833. Le ministère de lord Grey fît voter la même année l’abolition de l’esclavage, œuvre principale du grand philanthrope, qui semblait avoir attendu, pour mourir, que sa tâche fût accomplie. Un député qui ne fut pas réélu, M. Saddler, avait proposé le bill en 1832. Lord Ashley le reprit après les élections, provoqua une enquête, soutint la discussion avec énergie, et l’emporta enfin de haute lutte en 1833, aux applaudissemens de tous les amis de l’humanité. Les pétitions adressées à la chambre des communes en février et mars 1832 ne portaient pas moins de 60,000 signatures.

Le bill de 1833, comme celui de 1802, proclame les deux grands principes de la limitation des heures de travail et de l’instruction obligatoire. Il est supérieur à la législation de 1802 et à celle de 1819 par une réduction considérable de la durée du travail, par la distinction, établie pour la première fois et définitivement conquise, des enfans et des adolescens, et par la création d’un corps d’inspecteurs salariés qui donne enfin à la loi une sanction efficace. Le