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de Fossario Sarsi, et qui leur attira la vigoureuse réplique intitulée par Galilée il Saggiatore. Il Saggiatore contient des remarques d’un grand sens sur la physique et sur la méthode expérimentale. Les Italiens le considèrent en outre comme un modèle de bonne plaisanterie. C’est un ouvrage classique, et malgré la sécheresse du sujet de bons juges n’ont pas craint de le placer à côté des chefs-d’œuvre de Pascal et de Molière. Il me faudrait, pour les contredire, une connaissance plus profonde de la langue italienne. Je dois dire cependant qu’à une première lecture le Saggiatore paraît un peu long. Galilée, qui veut tout dire, manque souvent de vivacité et de précision, il balance trop longtemps le trait avant de le lancer ; loin de resserrer sa pensée, il l’étend, la développe et refroidit ses plaisanteries en les prolongeant. Citons un exemple : Guiducci a fait remarquer que certaines étoiles invisibles à l’œil s’aperçoivent très nettement dans la lunette, et pour celles-là, dit-il, l’accroissement de dimension est infini : l’auteur de la Bilancetta critique ce langage. D’après les principes de Galilée, l’accroissement, dit-il, est le même pour tous les astres. Il doit donc être infini dans tous les cas, et l’extravagance manifeste de cette conclusion lui assure un triomphe facile. Galilée lui répond : « Lorsque Guiducci a parlé d’un accroissement infini, il n’a pas supposé qu’un lecteur pût se trouver assez pointilleux pour prendre l’expression à la lettre et l’attaquer là-dessus. Personne n’est étonné de cette façon de parler ni ne la trouve obscure, et l’on dit à chaque instant infini au lieu de très grand. Mais, je vous prie, seigneur Sarsi, si le sage se levait pour vous dire : Le nombre des sots est infini, que lui répondriez-vous ? » Le trait est plus vif que délicat, et même à un jésuite Pascal eût peut-être hésité à le lancer. On peut affirmer au moins qu’il s’en serait tenu là, sans ajouter, comme Galilée, que, la terre étant limitée, le nombre de ses habitans l’est nécessairement et par conséquent celui des sots, quelque grande que l’on en veuille supposer la proportion.

Au moment où le Saggiatore était livré au public, le cardinal Barberini venait d’être appelé au trône pontifical sous le nom d’Urbain VIII. Il connaissait et aimait depuis longtemps Galilée, qui s’empressa de lui dédier son ouvrage et se rendit à Rome pour le féliciter de son avénement. Il obtint plusieurs audiences intimes dans lesquelles il fut très content du saint-père et le saint-père de lui. Son crédit et sa faveur furent remarqués et enviés. Urbain VIII lui fit force caresses, accorda une pension à son fils Vincent, en y joignant pour lui-même un grand nombre d’agnus Dei. Leurs entretiens roulèrent sur le mouvement de la terre ; le saint-père daigna lui démontrer ses erreurs. Tout en gardant une attitude soumise