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rendu à l’intelligence humaine. Oui, dans notre siècle où les pessimistes affectent de ne voir que le triomphe des intérêts matériels, la nécessité de l’instruction, et d’une instruction qui au siècle dernier aurait été considérée comme supérieure, cette nécessité qui s’impose à l’exécution des travaux les plus vulgaires, montre bien que l’intelligence reprend sa place au sommet de toutes les œuvres de l’homme, et elle consacre une fois de plus le triomphe de l’esprit sur la matière. Enseignement, instruction, voilà le mot d’ordre de la génération industrielle qui se presse autour des nouveaux et puissans engins que la science lui a donnés, et c’est l’honneur des expositions universelles de l’avoir mis en circulation chez tous les peuples.


II

Les délégations envoyées à l’exposition de Londres avaient une double mission : en premier lieu, elles devaient examiner les produits, étudier les procédés de fabrication et comparer les résultats obtenus ; en second lieu, elles trouvaient l’occasion, qu’elles ont saisie avec un empressement bien naturel, de visiter les ateliers anglais, de s’enquérir du taux des salaires à Londres ainsi que des conditions générales du travail, enfin d’exprimer leur opinion sur les moyens d’améliorer en France le sort des ouvriers.

La première partie de cette mission a été remplie avec un soin digne des plus grands éloges. Les rapports des délégués seront lus très utilement, même après les rapports du jury. On y rencontre tout ce que l’on peut attendre d’ouvriers intelligens, connaissant à fond la branche d’industrie à laquelle ils sont voués dès l’enfance, habiles à discerner le fort et le faible des produits, et animés, dans leurs appréciations, d’un sincère esprit de justice. Leurs sympathies légitimes pour les galeries françaises de l’exposition ne les ont point aveuglés sur les mérites des expositions étrangères. S’ils ont revendiqué les titres de supériorité qui, pour un certain nombre de produits, appartiennent à la France, ils se sont inclinés devant ceux que peuvent invoquer nos concurrens. Pas la moindre trace de cet esprit exclusif et de ce style vantard qui naguère encore faisaient que notre patriotisme était souvent injurieux et insupportable pour les autres peuples. En jugeant avec impartialité, en admirant sans crainte l’industrie anglaise, les ouvriers qui ont rédigé ces rapports ont oublié qu’ils parlaient de la perfide Albion. C’est là un symptôme significatif des changemens qui se sont opérés dans l’esprit public. Les jalousies, les haines internationales, même les plus invétérées, sont en voie d’apaisement. Les relations particulières,