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peuple qui s’obstinerait dans les vieux erremens serait bientôt hors de combat.

Depuis 1860, date du traité de commerce avec l’Angleterre, l’industrie française a réalisé, sous ce rapport, des progrès incontestables. On peut dire qu’elle a renouvelé presque entièrement son outillage. Menacée par la concurrence de l’industrie anglaise, belge et allemande, elle a dû nécessairement emprunter, dans ce qu’elles avaient de supérieur, les armes de ses concurrens. Il ne lui a plus suffi de briller par la qualité de ses produits ; il a fallu qu’elle s’organisât pour abaisser ses prix de revient. C’est ce qu’elle a fait, et le succès a récompensé ses efforts, à ce point que non-seulement elle a gardé à peu près intacte la clientèle du marché national, mais encore qu’elle a vu s’accroître sensiblement la part qu’elle prenait à l’approvisionnement des marchés étrangers, Encore quelques années, et la France se trouvera presque en ligne avec l’Angleterre dans cette concurrence de la fabrication à bon marché, fabrication pour laquelle sa rivale est organisée depuis longtemps, et qui est favorisée, de l’autre côté du détroit, non-seulement par l’extension des marchés répandus sur toute la surface du globe et par le développement de la marine, mais aussi par les dispositions des lois commerciales et des lois civiles. Nous ne pouvons qu’indiquer ici, d’une façon sommaire et incidente, les causes générales qui ont concouru à faire de l’Angleterre le pays de la grande industrie et de la production à bas prix : ces causes sont connues de toutes les personnes qui ont étudié, même superficiellement, la constitution économique des différentes nations. Il n’en est pas moins vrai que, pendant ces dernières années, la France, l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, sont entrées à leur tour dans la carrière de la grande industrie, et que chacun de ces pays, avec les avantages qui lui sont propres, soit parce qu’il obtient plus directement les matières premières, soit parce qu’il est en possession d’une main-d’œuvre moins coûteuse, se voit en mesure d’abaisser les prix de revient et de lutter, sur le marché même de l’Angleterre, avec la vieille industrie britannique. Prenons les statistiques les plus récentes. En 1863, la France a expédié en Angleterre des produits fabriqués pour une valeur de près de 500 millions.

En présence de cette situation, aussi flatteuse pour notre amour-propre que rassurante pour nos intérêts, il importe de considérer les progrès accomplis par les autres peuples, en particulier par l’Angleterre, qui, après avoir eu l’honneur d’engager le combat en pratiquant la première la liberté commerciale, a compris immédiatement la nécessité de redoubler d’énergie et d’activité pour se défendre contre les concurrences que lui révélait avec un appareil