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lation apparente. Lorsque la lune est au zénith, nous la voyons précisément comme cet observateur fictif ; dans tout autre cas, elle se montre dans une direction différente, et ne tourne pas vers nous la même portion de sa surface. C’est là une explication réelle, mais insuffisante, et les travaux de Galilée n’en font pas apercevoir d’autre.

Partisan zélé de la doctrine de Copernic, Galilée la propageait incessamment par ses conversations et par sa correspondance. Les copies de ses lettres avaient circulé dans l’Italie entière et soulevé de puissans contradicteurs. « L’Écriture, disait-il, est toujours véritable, elle a toute autorité sur les questions de foi ; mais sa profondeur mystérieuse est souvent impénétrable à notre faible esprit, et l’on a grand tort d’y chercher des leçons de physique, qui n’y sont pas, ou qu’on ne peut comprendre. Si la vérité se trouve dans les livres sacrés, elle n’y est pas claire pour tous, et il faut se servir, pour l’y apercevoir, de l’intelligence et de la raison que Dieu nous a données. L’Esprit saint les a dictés, et il est très vrai qu’il ne trompe jamais ; mais lorsque nous interrogeons la nature, c’est lui aussi qui nous répond et nous enseigne. — Pourquoi d’ailleurs, disait encore Galilée à ses adversaires, refuser la discussion des faits ? Si vous êtes les plus forts et les mieux fondés sur ces matières, quels avantages n’aurez-vous pas quand nous les étudierons ensemble ! Les ouvrages de Dieu ne se démentent pas les uns les autres, les contrariétés ne sont qu’apparentes ; il faut les concilier, car la science ne peut être un affaiblissement de la foi. »

Galilée lui-même prêche d’exemple ; certain d’être victorieux, il suit ses adversaires sur le terrain où ils s’enferment, et résout toutes leurs objections. Le miracle même de Josué ne l’étonne pas, et il trouve moyen de le tourner à son avantage. « Le soleil, en s’arrêtant, aurait, dit-il, suivant le principe que l’on oppose, diminué et non augmenté la durée du jour. Quel est en effet le mouvement du soleil ? C’est son déplacement annuel dans l’écliptique. La révolution qui fait succéder la nuit au jour est celle de la sphère étoilée qui entraîne, il est vrai, le soleil, mais ne lui appartient pas en propre. Arrêter le soleil, c’est donc l’empêcher de rétrograder dans l’écliptique sans suspendre pour cela son mouvement diurne, et, en obéissant à l’ordre de Josué, il aurait éclairé pendant quelques minutes de moins l’extermination des Amorrhéens. Il est écrit d’ailleurs que Josué arrêta le soleil au milieu du ciel ; que doit-on entendre par là ? Qu’il était au méridien ? La quantité des travaux accomplis ne permet pas de le croire ; on approchait de la nuit, le soleil était près de l’horizon. Si l’Écriture le place au milieu du monde, c’est pour confirmer le système de Copernic, dont elle nous donne ainsi une preuve nouvelle. » Tout cela est dit avec le sérieux