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et on le trouve dans l’étude des mesures qui procurent l’abondance, la perfection et le bon marché des produits. Telle est, en termes abstraits, la doctrine qui se dégage des rapports du jury de Londres, et il est superflu d’insister sur l’influence féconde que cette doctrine, éclairée par les faits, doit exercer sur le bien-être universel. C’est là que se rencontre enfin la solution définitive du problème qui, pendant tant d’années, a divisé les économistes et les hommes d’état.

Pour aucune branche de travail, cette preuve n’est plus éclatante que pour l’agriculture. Pendant de longues années, l’Angleterre et tous les pays du continent opposaient un veto rigoureux à l’introduction des subsistances étrangères. Il semblait que la fortune, la vie même de la nation dût être en péril, si la législation venait à autoriser ce qu’on appelait alors l’invasion des céréales et des bestiaux du dehors. Ce régime restrictif a été remplacé par la liberté du commerce des grains. Qu’en est-il résulté ? Une production plus abondante déterminée par une demande toujours croissante de la consommation, une plus grande fixité des prix par suite de la plus grande facilité des échanges, plus de profits pour le cultivateur et plus de bien-être pour tous. Il est certain qu’aujourd’hui les populations se nourrissent mieux qu’autrefois, et ce progrès, qui est le premier de tous, s’est manifesté précisément dans les contrées qui, rompant avec les vieilles traditions, ont inauguré le nouveau système commercial. Si l’industrie anglaise conserve encore quelque supériorité, c’est en partie à l’alimentation plus forte et plus substantielle de ses ouvriers qu’elle le doit ; c’est à la suppression du tarif des céréales et des bestiaux. Il a suffi d’une expérience de trois années pour montrer qu’en France l’adoption du même régime économique, loin d’être ruineuse pour l’agriculture, comme on le prétendait avec des lamentations si bruyantes, est très avantageuse pour tous les intérêts. Désormais le cultivateur ne doit plus compter sur la hausse du prix des denrées pour accroître ses bénéfices ; il faut qu’il se résigne à ne plus préférer une récolte insuffisante, qui élève le cours du blé et lui permet de vendre cher, à une récolte favorable, qui abaisse le taux des mercuriales : situation étrange, anormale et presque monstrueuse, qui était la conséquence forcée du système prohibitif. Il ne peut trouver de profit que dans une productipn plus, économique, mieux entendue et plus abondante. C’est ainsi que l’agriculture anglaise est demeurée très prospère : elle a vu baisser le prix de ses denrées par l’effet régulier des importations du dehors ; mais elle a perfectionné ses instrumens et ses méthodes de travail, elle a augmenté le rendement de la surface cultivée, de telle sorte que le produit net, avec