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il s’est constamment paré depuis en l’inscrivant sur tous ses ouvrages, et vers la fin de sa vie, après avoir perdu la vue, il plaisantait tristement sur la fâcheuse destinée d’un lynx devenu aveugle. Galilée vit le pape et fut bien reçu de lui. Il lui baisa les pieds, selon la coutume ; mais le saint-père le fit relever immédiatement, et, par une faveur qui fut remarquée, ne souffrit pas qu’il dit une seule parole à genoux. Il laissa à Rome de nombreux amis, et les adversaires mêmes de ses idées ne songèrent nullement à le persécuter. Le cardinal del Monte écrivait au grand-duc : « Galilée a donné une grande satisfaction à ceux qui l’ont vu, et j’espère que lui-même est parti satisfait. Ses découvertes, appréciées par les hommes instruits et éminens de la ville, ont été trouvées aussi exactes que merveilleuses. L’ancienne Rome, reconnaissante de son rare mérite, lui aurait érigé une statue au Capitole. » Le temps de son séjour à Rome ne fut pas perdu pour la science ; c’est là que pour la première fois, dans les jardins du cardinal Bandini, Galilée montra distinctement les taches du soleil. Déjà, l’année précédente, il les avait aperçues à Padoue ; mais, combattu et dénigré sans cesse, il craignait la contradiction et renfermait en lui-même une vérité aussi nouvelle, tant qu’il n’en avait pas la démonstration plus que certaine. Une erreur lui eût été reprochée comme une impardonnable bévue. L’existence des taches était indubitable : il les apercevait aussi distinctement que de l’encre sur du papier blanc ; c’était sur leur nature véritable et sur les lois de leur mouvement qu’il croyait devoir suspendre son jugement. Cette prudence permit au Hollandais Fabricius et au jésuite allemand Scheiner de le devancer l’un et l’autre dans la publication de la découverte que Galilée regarde, très à tort à ce qu’il semble, comme le plus grand secret qui soit dans l’ordre de la nature. Scheiner, sous le nom supposé d’Appelles, publia en 1611 des lettres adressées à Marc Velser d’Augsbourg, dans lesquelles il signale les taches du soleil ; mais, ne pouvant admettre l’obscurité au sein même de la lumière, il les explique par la supposition inadmissible de planètes qui se projettent sur le disque du soleil en circulant au-dessous de lui. Fabricius, plus hardi, dans un ouvrage publié également en 1611, avait osé affirmer que les taches font partie de la substance du soleil, dont leur déplacement continuel et régulier prouve la rotation sur lui-même. C’est en 1613 seulement que Galilée, sans avoir lu Fabricius et pour rectifier les erreurs de Scheiner, écrivit à Marc Velser trois lettres successives dans lesquelles il fait connaître ses propres observations. Il relève avant tout le singulier raisonnement de Scheiner, qui, dans la pure et inaltérable substance du soleil, ne veut rien admettre de ténébreux. « Sa perfec-