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aussitôt, comme pour marquer le ton de la réclamation : « Votre libraire de Florence devrait bien m’envoyer en dédommagement un bon verre convexe de douze pieds de foyer, car il est difficile de s’en procurer ici. »

Quoique le nombre des opposans diminuât peu à peu, Galilée redoutait toujours les critiques, et plus une découverte était importante, plus il hésitait à la publier. D’un autre côté, l’emploi de la lunette commençait à se répandre, et de nombreux rivaux pouvaient lui ravir les droits de priorité. Il concilia tout en exprimant ses résultats par des phrases très courtes dont les lettres transposées, qu’il livrait seules au public, devaient les cacher, tout en lui en assurant la possession. Deux grandes découvertes, furent ainsi annoncées dans les lignes suivantes : Smaismn milne poeta leumi bune leuctavinas ; hœc immatura a me jam frustra leguntur oy. De telles énigmes sont impossibles à déchiffrer. Képler cependant essaya de le faire ; la difficulté d’un problème était pour lui un attrait de plus. Il ne fut pas heureux ; de la première ligne il fit sortir ce vers bizarre :

Salve umbistinum Martis geminata proles.

Et, content de sa pénétration, sans s’arrêter à chercher le sens du mot umbistinum, il en conclut que la découverte était relative à la planète Mars. En retournant les lettres de la seconde annonce, il en fit sortir aussi des lambeaux de phrases qui simulent un sens astronomique. L’une d’elles commençait ainsi : Solem gyrari. Il ne put pas continuer ; mais cette fausse et incomplète divination est antérieure de plusieurs mois à la découverte des taches et de la rotation du soleil ; elle semblerait bien remarquable, si l’on ignorait que Képler lui-même était arrivé par ses idées théoriques à croire à la rotation du soleil. La signification véritable des deux lignes de Galilée était :

Altissimum planetam tergeminum observavi.
Cynthæ figuras æmulatur mater amorum.

La première signifie : « J’ai observé la plus haute planète, c’est-à-dire Saturne, et je l’ai trouvée triple ; » — et la seconde : « Les formes de Vénus rivalisent avec celles de Diane, » c’est-à-dire : la planète Vénus a des phases comme la lune.

L’anneau de Saturne, on le sait aujourd’hui, se présente à nous sous des apparences très diverses. Galilée, pendant qu’il l’observa, crut à deux satellites situés de part et d’autre de la planète et qui disparaissaient quelquefois, comme si Saturne dévorait ses enfans. Il ne fit donc qu’entrevoir sans la comprendre cette étrange, et