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primer par livraisons successives le Sidereus Nuntius (Courrier céleste), essayant de choisir parmi les merveilles nouvelles qui s’offraient ensemble à sa vue celles dont il fallait hâter ou différer la révélation. Plus rapprochée et plus accessible à notre vue, la lune devait être le premier objet de son étude. La doctrine des péripatéticiens était alors incontestée : immortelle et inaltérable comme les autres corps célestes, la forme sphérique convenait seule, suivant leurs principes, à la perfection imaginaire de son essence ; l’adversaire persévérant et quelque peu passionné d’Aristote vit avec autant de joie que d’admiration le globe de la lune couvert au contraire comme celui de la terre de montagnes et de vallées, qui, diversement éclairées par le soleil, manifestent par leurs ombres portées leur élévation ou leur profondeur. La lumière du soleil, après avoir doré les cimes élevées, se répand graduellement sur les plaines et jusqu’au fond des précipices qui les entourent. Dirigeant ensuite sa lunette vers les étoiles, il aperçut une multitude infinie d’astres brillans, qui, perdus dans les profondeurs du ciel, n’envoient à nos yeux que d’invisibles rayons. Ils devenaient distincts sans acquérir un diamètre appréciable. Celui des étoiles de première grandeur semble à peine augmenté. L’explication de ce fait, qui ne lui échappa point, est dans l’auréole qui les accompagne et les agrandit sans laisser voir de contours précis et de forme nettement définie. Les planètes au contraire, dont le diamètre apparent est sensible, semblent arrondies comme de petites lunes.

La voie lactée attira particulièrement l’attention de Galilée : au lieu d’un nuage sans forme distincte, formé par une vapeur lumineuse, il y montra l’agglomération irrégulière de groupes confus d’étoiles que le télescope rendait distinctes. Une telle démonstration contrariait la doctrine des astrologues, suivant laquelle ces nébuleuses obscurcissaient les intelligences soumises à leur influence, tandis que les petites étoiles signalées par Galilée ne pouvaient plus jouer aucun rôle ; mais la plus brillante découverte annoncée par le Sidereus Nuntius est celle des satellites de Jupiter. Galilée les prit d’abord pour de petites étoiles auprès desquelles Jupiter était venu fortuitement se placer. Il reconnut bientôt que tantôt en avant, tantôt en arrière, ils ne quittaient pas la planète et tournaient incessamment autour d’elle. Ces petits astres étaient donc réellement de nouvelles planètes invisibles jusqu’alors à tous les yeux. Il leur donna le nom d’astres de Médicis, que le divin architecte semblait, dit-il, avoir dicté lui-même. La flatterie nous semble innocente, mais un peu forte ; telle n’était pas l’opinion de Belisario Vinta, secrétaire et courtisan du grand-duc, qui trouva l’idée de Galilée généreuse et héroïque et tout à fait digne de son admirable génie.