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II

Ces exemples suffisent pour montrer la marche que suit dans sa partie historique la science des religions ; mais les savans doivent renoncer à l’espoir d’atteindre historiquement à l’origine des dogmes et des cultes. Laissons de côté, si l’on veut, les pratiques grossières de beaucoup de peuplades barbares ; admettons que ces pratiques n’ont pas d’histoire et qu’elles sont telles aujourd’hui qu’elles étaient à leur origine. Le classement des grandes civilisations met au premier plan, parmi les anciens peuples, les Chinois, les Égyptiens, les Sémites et les races aryennes d’Europe et d’Asie. Eh bien ! il n’en est pas un seul dont la science puisse dire qu’elle est en état de découvrir historiquement ses origines religieuses, excepté peut-être les Chinois ; mais il conviendrait de mettre à part cette nation, qui, appartenant à la race jaune, est selon toute vraisemblance antérieure aux peuples blancs, et qui n’avait sans doute aucune religion avant que des hommes de race aryenne lui eussent communiqué la leur. On sait en effet que l’existence des Chinois remonte à une antiquité supérieure à celle des nations aryennes ou sémites, et l’on sait aussi que la première religion pratiquée chez eux a été celle du Bouddha. L’histoire religieuse de la Chine se trouve ainsi réduite à n’être qu’une des branches de celle du bouddhisme, religion essentiellement aryenne. Les mêmes réflexions peuvent s’appliquer aux autres religions qui ont fait quelque progrès en Chine : elles appartiennent à différentes branches du christianisme, elles ne sont que des importations européennes et n’ont aucune racine dans la race chinoise. De plus, quoique le bouddhisme ait, été la première religion introduite chez les peuples jaunes, et bien que cette introduction soit déjà ancienne, l’étude des livres chinois a fait connaître les dates précises des missions qui l’y ont prêché et celles de ses premiers établissemens ; depuis lors, les chroniques chinoises du’ bouddhisme ont tenu compte de ses progrès, et l’histoire pourra les suivre jusqu’à nos jours. La question des origines religieuses peut donc à peine être posée à l’égard de la Chine et des autres populations jaunes de l’extrême Orient ; mais il n’en est pas de même des Égyptiens, des Sémites et des Aryens.

Quant à l’Égypte, malgré l’abondance pour ainsi dire croissante des textes hiéroglyphiques, il n’est pas probable que la science parvienne jamais à résoudre le problème de ses origines religieuses. Ceux de ces textes qui ont été traduits jusqu’à ce jour, et dont un certain nombre remontent à une haute antiquité, ne laissent à cet égard que peu d’espérance. Il est possible d’y reconnaître l’existence d’un symbolisme très antique, revêtu de formes polythéistes ;