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thermomètre de Galilée se composait d’un tube de petit diamètre terminé par une boule grosse environ comme un œuf de poule. Après y avoir introduit de l’eau, on le retournait en le faisant plonger dans un vase plein d’eau lui-même, et de manière à laisser assez d’air dans le tube pour que le liquide s’y élevât de quelques pouces seulement. Contrairement à ce qui a lieu dans les instrumens actuels, l’air, en se dilatant, abaissait la colonne liquide. La pression barométrique et la tension variable de la vapeur d’eau troublaient, on le voit, l’instrument, qui, dépourvu de points fixes, ne pouvait donner d’indications comparables. Galilée en construisit un grand nombre, et son enseignement en répandit rapidement l’usage dans les habitudes de la vie commune.

Vers le milieu de l’année 1609, le bruit se répandit à Venise que certains instrumens fabriqués en Hollande permettaient d’apercevoir distinctement les objets éloignés. Un tel prodige, dont on ne divulguait pas le secret, trouvait beaucoup d’incrédules. Galilée, en s’appliquant à le reproduire, imagina la lunette qui porte son nom. L’art de travailler le verre était alors poussé à Venise plus loin qu’en aucun autre pays. Le précieux instrument fut bien vite offert à l’admiration du sénat et à l’empressement des particuliers. Une lunette, installée sur le sommet du campanile de Saint-Marc, causa une joie publique et universelle ; les Vénitiens, ravis d’étonnement et d’admiration, ne se lassaient pas de chercher et de découvrir au loin des navires complètement invisibles aux yeux les plus perçans. Un tel secret semblait assurer la supériorité des flottes qui pourraient s’en servir, en leur permettant de surprendre à volonté un ennemi ou d’éviter son approche. Le sénat, juste appréciateur du service rendu à la république, doubla les appointemens de Galilée en lui en assurant la jouissance pendant sa vie entière.

L’invention n’était pas aussi nouvelle qu’on le croyait à Venise ; on l’avait déjà faite et propagée en Hollande et en France, quoique avec moins d’art et de succès, mais à Galilée était réservé l’honneur de construire le premier des appareils d’une grande puissance et de les tourner vers le ciel pour en sonder les abîmes. Qui pourrait dire sa joie et son ravissement en présence de ce grand et nouveau spectacle, lorsque, les astres s’abaissant en quelque sorte pour lui révéler le secret de leur splendeur et de leur immensité, il vit les bornes de l’univers se reculer tout à coup en ouvrant à ses pensées comme à sa vue une carrière nouvelle et infinie ! Isaïe avait dit : Ecce enim ego creo novos cœlos et gaudebitis et exultabitis. L’heureux Galilée voyait la prédiction réalisée à la lettre : Dieu avait créé pour lui de nouveaux cieux, et son âme nageait dans la joie. Dix mois après l’invention de la lunette, il commençait à faire im-