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du père au fils, mais de peuple à peuple. La France, l’Allemagne, l’Angleterre, les trois pays métallurgiques par excellence, ont lutté d’émulation, et n’ont pas tardé à être suivies par la Belgique, la Suède et la Norvège, l’Espagne, l’Italie, la Prusse, la Russie et l’Autriche, toutes contrées minéralogiques également remarquables à des points de vue divers. Sauf en quelques cas particuliers, on a tenu à honneur de faire connaître publiquement les détails de procédés auparavant tenus secrets. De nouvelles découvertes, dans lesquelles s’est distinguée surtout l’Angleterre, qui occupe aujourd’hui la place jadis réservée à l’Allemagne, ont étendu le domaine de l’art. La fusion du carbure de fer dans le haut-fourneau, qui a créé à la fonte des emplois si divers, la cémentation ou aciération du fer forgé, le pattinsonnage, procédé curieux et de date récente, par lequel on enrichit considérablement la teneur en argent des plombs qui ne pourraient passer à la coupelle, toutes ces grandes inventions métallurgiques sont dues à des Anglais. Le pattinsonage, la plus ingénieuse de ces découvertes [1], a permis d’utiliser les plombs les plus pauvres, c’est-à-dire tenant à peine quelques grammes d’argent. L’Anglais Pattinson, qui a donné son nom à ce procédé, dont il est l’inventeur, a bien mérité à la fois de son pays et de l’Espagne. Dans cette dernière contrée, les mines de plomb et d’argent voisines de Carthagène ont vu se réveiller les splendeurs de leur passé, alors que les Phéniciens et après eux les Carthaginois avaient un comptoir à Gadir, la moderne Cadix.

En même temps qu’on perfectionnait partout les procédés métallurgiques, qu’on en inventait de nouveaux, la pratique s’est vulgarisée. Les fonderies, les forges, les ateliers, ont été partout libéralement ouverts aux élèves des écoles des mines, aux ingénieurs praticiens, aux savans, aux hommes du monde désireux de s’instruire et de voir, et si quelque chose est resté la propriété d’un établissement, c’est ce qu’on nomme si bien, en termes de métier, le tour de main de l’ouvrier. Pour mettre le comble à cette publicité libérale, la France, l’Allemagne, l’Angleterre même, après quelques hésitations bien concevables dans un pays où l’individualité est si prononcée, se sont comme à l’envi distinguées par des travaux où l’on s’est plu à décrire tous les procédés, même les plus délicats.

Il est constaté que la valeur annuelle des métaux bruts extraits en Europe seulement s’élève à plus d’un milliard de francs. La valeur du charbon minéral produit par toutes les houillères et employé en partie à la

  1. La méthode du pattinsonage est fondée sur ce phénomène curieux qu’un bain de plomb argentifère fondu agité avec une cuiller se sépare en deux parties, l’une mousseuse, cristalline, qui retient une grande partie de l’argent et tombe au fond de la chaudière, l’autre qui reste liquide et s’appauvrit de plus en plus en argent. On comprend que de cette manière la concentration du précieux métal dans le plomb finisse par arriver au degré voulu, si l’on fait remonter les plombs enrichis de chaudière en chaudière, et si l’on fuit suivre aux plombs appauvris une marche inverse, en renouvellant à chaque fois le même traitement, la même séparation du bain en deux parties, l’une liquide, l’autre solide.