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cile de la politique intérieure est maintenant la question financière. Jusqu’à présent, le nouveau royaume italien a été dans une situation si incertaine et si mal définie, que la question financière était en quelque sorte abandonnée au hasard. Un pays formé d’annexions si diverses et si récentes, qui ne savait pas quand et où il s’arrêterait, qui ignorait si l’état de l’Europe ne lui imposerait pas au premier moment de nouvelles entreprises, ne pouvait avoir coordonné ses ressources et avoir proportionné régulièrement ses dépenses et ses revenus. La convention du 15 septembre, en limitant le rôle politique actuel du nouveau royaume, met l’Italie en demeure et en mesure de faire ses comptes et de les bien régler. Les illusions sont écartées, l’expérience des premiers tâtonnemens dans la région encore inconnue des finances ne peut plus se recommencer ; il ne faut pas que l’Italie se laisse aller à la dérive, à l’écueil de la hideuse banqueroute. Le désordre financier mènerait vite à la dissolution politique et, nous le répétons, la convention du 15 septembre doit marquer la date d’une organisation rationnelle des dépenses et des revenus de l’Italie. Le nouveau ministre des finances, M. Sella, nous parait avoir abordé cette question vitale avec une intelligente et courageuse énergie. M. Sella n’a pas craint de montrer le mal tel qu’il est. Il a inspiré aux esprits un effroi salutaire en les mettant en face d’un déficit de 300 millions. Contre un pareil état de choses, les expédiens de trésorerie ne sont qu’un leurre trompeur, les emprunts cessent d’être une ressource, car ils seraient bientôt impossibles. Il faut agir avant tout sur les dépenses et les ressources régulières, restreindre les unes par des économies radicales, accroître les autres par d’indispensables augmentations d’impôts. Ce n’est qu’après avoir diminué les dépenses et assuré l’accroissement des produits de l’impôt que l’on peut de nouveau s’adresser au crédit pour faire face aux besoins extraordinaires d’une période de transition. C’est ce que M. Sella a compris ; il nous serait difficile d’apprécier les mesures qu’il propose. Il en est de dures, telles que l’anticipation de l’impôt foncier ; mais il ne faut pas blâmer M. Sella de cette dureté, qui donne à l’Italie un avertissement sévère, Nous croyons que l’Italie aura encore besoin et avant peu de recourir au crédit, mais nous approuvons M. Sella d’exciter son pays à faire par lui-même un grand effort d’économie et de taxation avant d’émettre un nouvel emprunt. Le premier besoin de l’Italie en ce moment serait bien plus, suivant nous, d’avoir à sa tête un grand ministre des finances qu’un grand général ou un grand diplomate.

C’est lorsque l’Italie se sera constituée financièrement, lorsqu’elle aura consolidé l’ordre intérieur et affermi sa liberté d’action extérieure par l’organisation régulière de ses ressources, qu’elle pourra réaliser le brillant horoscope que lord Russell tirait d’elle l’autre jour en s’adressant à l’université d’Aberdeen, dont il est le lord-recteur. Le comte Russell a une nature d’esprit que l’on pourrait appeler historique, nature d’esprit rare parmi les hommes d’état anglais. En s’occupant du présent, lord Russell