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Nous voudrions espérer que l’incident diplomatique dont nous venons de parler sera le dernier effet de la jettatura qui a frappé d’abord la convention du 15 septembre. La discussion du parlement italien a commencé une réaction de chances meilleures. La convention est décidément populaire en Italie ; la translation de la capitale, au lieu d’y être considérée comme la condition onéreuse de l’évacuation de Rome par la France, y est regardée par la majorité comme un avantage. Trois discours importans ont été prononcés jusqu’à présent : les discours de M. Boncompagni, de M. Visconti-Venosta et du général La Marmora. M. Boncompagni est un de ces Piémontais intelligens qui furent les collaborateurs actifs de Cavour. Le sacrifice de Turin lui est douloureux sans doute ; mais il se résigne volontiers à ce sacrifice en songeant au profit que l’unité italienne retirera de l’exécution loyale de la convention. M. Boncompagni est un des Italiens qui ont le plus de foi dans une réconciliation possible de l’église avec l’Italie, un de ceux qui sont le plus capables de faire réussir un jour cette œuvre de pacification politique et religieuse. M. Visconti-Venosta, qui était le ministre des affaires étrangères du dernier cabinet, a exposé avec un rare talent la politique au nom de laquelle il a eu l’honneur de signer la convention. Son discours a été si complet et a produit sur la chambre une impression si heureuse, que les membres du dernier cabinet n’ont plus rien à ajouter à cette apologie éloquente de leur politique, et que les plus importans, MM. Peruzzi et Minghetti, ont renoncé à prendre la parole. Le discours loyal et patriotique du général La Marmora a dignement complété la remarquable dépêche par laquelle ce ministre a répondu aux observations de M. Drouyn de Lhuys. Le général promet au nom du gouvernement italien l’exécution sincère du traité, et il croit qu’après cela on n’a point à demander compte à son pays de la nature de ses aspirations et de la confiance qu’il garde dans l’avenir. Le général n’approuvait pas la convention dans le principe, mais il voit les intérêts et l’honneur de son pays engagés, et il se dévoue, par une sorte d’esprit de discipline patriotique, à l’accomplissement d’une œuvre qui n’est pas la sienne. Peu habitué aux réserves parlementaires, il n’a nulle crainte de découvrir l’empereur Napoléon III et d’exprimer l’espoir que l’intérêt que l’empereur porte à la cause italienne la servira dans la solution de la question de Rome et de la question de Venise. Cet appel confiant adressé au gouvernement français ne serait qu’un calcul habile de la part de tout autre homme politique ; de la part du général La Marmora, c’est un aveu plein de franchise dont il est difficile de n’être pas touché. Il serait à souhaiter que les discours décisifs de M. Boncompagni, de M. Visconti-Venosta et du président du conseil empêchassent le parlement de perdre trop de temps dans une discussion inutilement prolongée. La convention donne un grand ébranlement à la politique italienne ; mais, pour que cet ébranlement soit profitable, il faut qu’il ramène promptement le parlement italien à la considération de la politique intérieure, et surtout de la politique financière. Le point le plus diffi-