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lien n’a raconté la négociation qu’au point de vue de son pays ; ce n’était point à lui de l’apprécier au point de vue français, il devait penser que notre ministre des affaires étrangères saurait bien remplir la tâche qui le concernait. Et en effet, de l’aveu de tous, M. Drouyn de Lhuys s’est acquitté d’une façon très significative de cette tâche dans ses dépêches à M. de Sartiges et à M. de Malaret. Il y a plusieurs raisons qui devaient rendre la physionomie de la négociation différente pour M. Nigra et pour M. Drouyn de Lhuys. De ces raisons, la principale, suivant nous, c’est que M. Nigra et M. Drouyn de Lhuys ne pouvaient pas prendre à la même date l’origine de la négociation. Mêlé activement aux transactions communes à la France et à l’Italie depuis une époque éloignée, antérieure même à l’année 1859, M. Nigra ne pouvait voir dans la convention du 15 septembre que le développement logique de la politique commencée par M. de Cavour. M. Drouyn de Lhuys ne pouvait aller si loin dans le passé : il est naturel qu’il ne remonte pas au-delà de sa rentrée au ministère, et qu’il choisisse son point de départ dans les faits qui se sont produits depuis qu’il a repris la direction de notre diplomatie. M. Nigra ne pouvait oublier, que, peu de mois avant la mort de M. de Cavour, un arrangement semblable à celui qui vient d’être conclu avait été à la veille d’aboutir ; c’est par ses mains qu’avait passé la négociation de ce projet, qui peut-être, sans la mort de M. de Cavour, serait depuis longtemps réalisé. L’Italie actuelle est en grande partie l’œuvre de Cavour : était-il possible que M. Nigra négligeât, pour recommander à ses compatriotes la convention du 15 septembre, de leur apprendre qu’un arrangement analogue avait été la dernière pensée de cet homme éminent ? Que cette révélation ait dû paraître intempestive à notre ministre des affaires étrangères, il n’y a rien là non plus de surprenant : on comprend que M. Drouyn de Lhuys ne veuille point que quelqu’un vienne lui dire qu’il a couvé sans s’en douter un œuf de M. de Cavour ; Mi Drouyn de Lhuys est donc parfaitement dans son droit quand il fait remarquer les différences importantes qui distinguent la convention du 15 septembre 1864 du projet de 1861.

Que les points de vue de M. Nigra et de M. Drouyn de Lhuys ne se confondent pas, cela va de soi ; mais, cela ne changeant rien aux obligations positives contractées par la France et par l’Italie, à quoi bon accuser des divergences de point de vue et souligner avec une humeur défiante quelques-unes des obligations contractées ? Il ne suffit pas que l’Italie n’attaque pas le territoire pontifical, il faut qu’elle n’ébranle pas le pouvoir du pape par des manœuvres souterraines ; pourquoi aggraver par une hypothèse blessante une obligation positive franchement souscrite ? Vous ne voulez pas que Florence soit considérée comme une étape vers Rome, un grand nombre d’hommes d’état italiens ne le veulent pas plus que vous ; mais à quoi sert une déclaration pareille, quand l’Italie, pour obtenir le bénéfice que lui promet la convention, change sa capitale et promet de ne point attaquer Rome ? Ce bénéfice, quel est-il ? C’est l’évacuation de Rome par