Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/497

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


THEATRE CONTEMPORAIN

MAÎTRE GUERIN,
COMEDIE EN CINQ ACTES DE M. EMILE AUGIER

Une comédie de M. Emile Augier est toujours un heureux événement pour le public. S’il arrive parfois à M. Augier de s’égarer dans son art, c’est toujours avec talent, avec vigueur, avec un effort sincère pour peindre le monde et la vie comme il les voit et les comprend. Ses énergiques satires peuvent parfois porter à faux ou dépasser le but ; mais combien les erreurs mêmes ont plus d’intérêt, combien surtout elles sont plus honorables pour l’écrivain que cette exploitation trop banale de la vertu et que cette fausse sensibilité qui peuvent assurément ménager de grands succès au théâtre, mais des succès auxquels l’art n’a rien à voir ! On peut écouter parfois M. Emile Augier avec quelque impatience, jamais sans plaisir, et sa langue, si ferme, si nette et si incisive, ajoute toujours un grand charme à la sincérité hardie de ses conceptions. Il représente mieux que personne aujourd’hui sur la scène la franchise et l’audace de l’esprit français, et nous sommes de ceux qui ne savent pas résister à cet attrait, même dans une œuvre qui ne serait pas à l’abri de tout reproche ; mais le seul reproche que mérite la nouvelle comédie de M. Emile Augier, ce n’est guère que l’embarras qu’on éprouve lorsqu’on essaie de se la rappeler avec exactitude pour en rendre un compte fidèle au public. Si nous fermons les yeux avec l’intention de revoir par l’esprit l’action qui s’est déroulée devant nous et d’en saisir l’ensemble, notre imagination ne sait trop où se prendre, ou plutôt elle se prend à tout et ne sait où s’arrêter.

Pourquoi nous faire quitter si vite cette demeure dangereuse et charmante dans laquelle la plus froide et la plus ambitieuse des coquettes tend