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XXIX


Qui donc appelles-tu de ce gémissement ?
Sur qui pleures-tu donc ces larmes éternelles ?
Es-tu blessé, ramier ? Qui t’a coupé les ailes ?
Tes premières amours, dis, étaient donc bien belles !
Il était donc bien beau, dis, l’infidèle amant
Que, sans le voir jamais, tu suis incessamment !

XXX


Messaline céleste et jamais assouvie !
Claude, ton vieil époux, le corps, ton lourd seigneur,
Que depuis si longtemps tu traînes par la vie,
Enfin désabusé, las de t’avoir suivie,
Refuse d’avancer et devient raisonneur…
Eve grecque, ô Psyché ! qu’as-tu fait du bonheur ?

XXXI


Tu le tenais pourtant, s’il faut qu’on vous en croie,
Rêveurs ! tu le tenais, mais ne pouvant le voir,
L’aube de l’inconnu faisait pâlir ta joie,
Le jour de ton bonheur n’alla pas jusqu’au soir ;
Le réel te lassait, tu rejetas la proie
Pour l’ombre de son ombre, et préféras l’espoir.

XXXII


Oh ! combien en sont morts, et de combien de bouches
Le blasphème en grondant s’est-il pas exhalé !
Et combien, sur le marbre implacable et voilé,
Se sont brisé les dents en leurs baisers farouches,
Hélas ! et pour si peu qu’on a vus sur leurs couches
S’endormir doucement dans leur rêve étoile !

XXXIII


Mais aujourd’hui, parbleu ! que ce mont ridicule
Est accouché d’un rat, son enfant biscornu,
Le Doute, — espoir encor, — l’appétit d’inconnu,
Ont pris fin, Dieu merci ! Qu’il avance ou recule,
Le monde est fait pour vivre, et vivons ! Par Hercule !
Sans y même être allé, j’en suis bien revenu.