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mède. L’esprit du maître, dont il est pénétré, apparaît dans l’élégance ingénieuse avec laquelle il sait enlever au sophiste le plus subtil la possibilité d’une objection. Sa dissertation sur les centres de gravité suffit pour montrer les qualités d’invention et de jugement qui auraient pu, dans la voie des mathématiques pures, l’élever au rang des plus illustres. Dans ses recherches sur la balance hydrostatique, qui datent de la même époque, il montra comment Archimède a pu peser simplement et avec précision l’or dérobé par l’orfèvre du roi Hiéron. La pratique cette fois est associée à la théorie, qui ne sert qu’à la diriger.

Très ami de la société, comme il le fut toujours, et très ardent au plaisir, Galilée fréquentait les jeunes gens de son âge : comme les plus distingués d’entre eux, il tournait spirituellement des vers en langue vulgaire. On possède de lui une invective bouffonne contre l’usage de porter des vêtemens. Sa muse, il faut l’avouer, joint l’exemple au précepte ; plus grossière encore que gaie, elle ne laisse rien à deviner. Le sujet de cette plaisanterie, un peu trop prolongée, provoque par malheur un bien dangereux rapprochement : dans les premières strophes de Namouna, notre charmant Alfred de Musset s’est joué des mêmes difficultés avec moins de licence et beaucoup plus de grâce. Galilée en retournant le sujet en tous sens ne trouve pas un seul de ces accens qui, par un brillant contraste avec le reste de la pièce, s’élèvent à l’improviste vers les plus hautes régions et se gravent dans la mémoire ; il ne s’écrie pas, comme Musset :

Tous les cœurs vraiment beaux laissent voir leur beauté.

C’est le corps seul qui l’occupe pendant trois cents vers.

La collection de ses œuvres contient en outre un plan de comédie et un sonnet à une dame cruelle dont l’indifférence à regarder brûler son cœur lui rappelle Néron contemplant l’incendie de Rome. Tout cela n’a nulle importance et ne prouve que le zèle impitoyable des éditeurs qui le publient.

Quoique déjà célèbre par ses premiers travaux, Galilée demanda, sans l’obtenir, une place de professeur à Florence ; peu de temps après, on lui accorda la chaire de mathématiques à l’université de Pise. Secouant la poussière de l’école et condamnant tout d’abord le respect de la tradition comme un obstacle au progrès, du haut de sa chaire il éclata de toute sa force contre les impertinences scolastiques, et s’appuyant sur un guide qui ne trompe jamais, je veux dire l’expérience, il osa s’avancer hors des sentiers frayés en contestant à ses collègues, étonnés de tant d’audace, la vérité de leurs doctrines tout ensemble et le titre de disciples d’Aristote. « Aris-