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Mais ce n’est pas ainsi qu’il faut juger l’histoire. Les événemens sont peu de chose : l’impression qu’ils produisent révèle seul la conscience publique, et jamais peut-être sa généreuse aversion pour l’intolérance n’a éclaté plus fortement qu’autour du nom de Galilée. Le récit de ses malheurs, exagéré comme une pieuse légende, a affermi le triomphe des vérités pour lesquelles il a souffert ; le scandale de sa condamnation troublera à jamais dans leur orgueil ceux qui voudraient encore opposer la force à la raison, et la juste sévérité de l’opinion en conserve le souvenir importun comme un éternel reproche qu’elle leur jette au front pour les confondre. Il faut tout dire : cette grande leçon n’a pas coûté de bien profondes tristesses, et la longue vie de Galilée, prise dans son ensemble, est une des plus douces et des plus enviables que raconte l’histoire de la science[1].

Galilée naquit à Pise le 15 février 1564 ; son père, Vincent Galilée, était un homme de grand mérite : il a laissé sur la comparaison de la musique ancienne avec la musique moderne un dialogue estimé des connaisseurs ; sa fortune était modeste, et l’éducation de ses quatre enfans exigea de lourds sacrifices qu’il n’hésita pas à s’imposer. À l’âge de dix-neuf ans, Galilée était versé dans les lettres grecques et latines ; fort habile dans la théorie comme dans la pratique de la musique, il s’était en outre exercé aux arts du dessin, et les artistes les plus célèbres estimaient assez la pureté de son goût pour recevoir et rechercher ses conseils. Galilée était, on le voit, comme son compatriote Léonard de Vinci, une de ces belles intelligences sur lesquelles la nature semble avoir répandu ses dons à main ouverte. De tels hommes peuvent librement choisir, aucune voie ne leur est imposée. Léonard, en dirigeant autrement les forces de son grand esprit, aurait pu demander la gloire à la science sans laisser peut-être un nom moins illustre, et Galilée, qui lui ressemble par la solidité du jugement comme par la grâce d’une imagination brillante et féconde, aurait pu, s’il l’avait voulu, devenir un grand artiste.

Vincent Galilée habitait Florence ; désireux pour son fils d’une profession lucrative, il l’envoya faire ses études médicales à l’université de Pise. Accoutumé à exceller en tout, Galilée n’obtint pas d’abord les succès qu’il devait espérer : laissant sa curiosité errer d’objet en objet, il étudiait la philosophie plus assidûment que la médecine, mais les fausses subtilités de l’école ne pouvaient nour-

  1. Cette vie a souvent occupé les historiens de la science, et dans la Revue même du 1er juillet 1841, on trouve une étude sur Galilée ; mais divers travaux publiés récemment sur ce sujet permettent d’y revenir en l’embrassant d’ensemble et en éclairant quelques points restés douteux.