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soins à l’étude d’une maladie charbonneuse terrible, le sang de rate, qui se développe spontanément chez les moutons, qu’elle tue infailliblement. Le sang de ces animaux, examiné au microscope, fut trouvé rempli d’animalcules voisins des bactéries et qu’on a nommés bactéridies. Quand on l’injecte dans le tissu d’un autre animal, on y transporte ces êtres, qui s’y multiplient, et la mort est certaine. La maladie se transmet également, si on fait avaler à un lapin soit le sang, soit un organe d’un animal atteint du sang de rate. On peut sécher le sang infecté, le conserver indéfiniment sans lui enlever les germes des infusoires qu’il contient, et toutes les fois qu’on l’injecte ou qu’on le donne en aliment, on transmet la maladie. Cette étude faite, et les symptômes du sang de rate le rapprochant d’un autre mal terrible qu’on nomme le charbon, on fut conduit à chercher s’il n’existait pas entre les deux affections une connexion plus étroite. Le charbon commence par une pustule maligne de couleur noirâtre, entourée d’un anneau vésiculeux qu’il faut se hâter de cautériser, si l’on veut éviter un empoisonnement général. Or le 14 avril de cette année le docteur Raimbert eut l’occasion de traiter une pustule maligne et charbonneuse survenue chez un charretier dans une ferme où les moutons avaient le sang de rate. Il enleva la pustule, la sécha aussitôt, et la fit tenir au docteur Davaine, qui l’examina au microscope : c’était un feutrage exclusivement composé de bactéridies. Il en fit manger une partie à des lapins qui prirent le sang de rate, qui succombèrent, dont le sang était envahi par les bactéridies et qui communiquèrent le charbon. Voilà donc une maladie transmise des moutons à l’homme, apparaissant chez celui-ci par une pustule, laquelle à son tour peut transporter à tous les animaux le virus particulier qu’elle contient. Et quel est ce virus ? Un composé d’infusoires d’une espèce spéciale et venimeuse. La moindre quantité suffit pour tuer, parce qu’elle suffit à semer et à multiplier l’espèce : la maladie est transmise par inoculation, parce que les animalcules passent du sujet atteint à l’individu inoculé ; la maladie se propage par l’air, parce que les germes s’envolent et se sèment, peut-être aussi, comme on le prétend, par des piqûres de mouches, parce que celles-ci auraient été les intermédiaires de la transmission des bactéridies. Telle est l’explication, non moins simple que certaine, des effets d’un virus particulier. L’avenir dira bientôt s’il est possible d’étendre à tous les cas analogues une aussi féconde théorie ; mais dès aujourd’hui on comprend les espérances des physiologistes, on prévoit leur succès : peut-être va-t-on connaître, éviter et guérir les fléaux contagieux.


J. JAMIN.