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II

« Le vote de l’impôt et le contrôle des dépenses de l’état, dit M. O’Quin dans son rapport pour le budget de 1865, sont dans un pays libre les attributions essentielles de ses représentans. » Cela est vrai ; mais pour que ce contrôle soit efficace, il faut que les représentans aient la même action sur la politique, car c’est la politique qui engage les dépenses, et, une fois engagées, le corps législatifs n’a plus, comme dans l’affaire du Mexique, qu’à les ratifier ; il ne peut plus les refuser.

Est-ce à dire que, pour modifier cet état de choses, nous voulions nous en prendre à la constitution et en demander la réforme, comme ce serait peut-être notre droit, puisqu’après tout cette constitution, et c’est là son grand mérite, a été déclarée perfectible et que l’empereur de son initiative privée l’a déjà modifiée plusieurs fois ? Non, nous voulons dégager la question de ce terrain délicat, et nous placer là où nous serons plus à l’aise pour faire entendre nos observations. Eh bien ! dans le cercle même tracé par la constitution de notre pays, que nous respectons, nous croyons sincèrement qu’il serait possible de donner plus de pouvoir au corps législatif. Les constitutions politiques, quelles qu’elles soient, ont toujours plus ou moins de jeu suivant la main qui les applique, et, si on examine la façon dont la nôtre est appliquée en ce qui concerne les élections au corps législatif par le fait des candidatures officielles, et en ce qui concerne la presse surveillée et avertie, lorsqu’il lui échappe une expression qui peut déplaire au gouvernement, on reconnaîtra facilement que notre constitution, qui ne dit rien de la manière de diriger les élections et de surveiller la presse, qui proclame au contraire l’indépendance du corps électoral et la liberté de la pensée, que cette constitution, dis-je, n’a pas tout le jeu qu’elle pourrait avoir, et c’est ce défaut de jeu qui, à part quelques autres réformes qui, nous l’espérons, viendront à leur temps, fait la différence essentielle du contrôle qui existe en Angleterre et en France. En Angleterre, le corps législatif vote, comme en France, toutes les dépenses du budget, et le gouvernement est obligé, comme en France, de se renfermer dans les crédits qui lui sont ouverts, sans pouvoir en sortir autrement que par des procédés de virement et par un vote spécial des chambres. Ces précautions suffisent.

Cependant, en Angleterre comme chez nous, le pouvoir exécutif a le droit d’engager à lui seul la plus grosse de toutes les dépenses, c’est-à-dire le droit de faire la guerre. Pourquoi n’en use-t-il jamais ? Pourquoi, avant d’en user, appelle-t-il l’opinion publique par la voie du parlement et de la presse à se prononcer, non-seulement