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assez rapprochés des Anglais. Si maintenant on décompose le tableau de la progression de notre dette, on reconnaît qu’elle s’est plus particulièrement élevée, d’abord en 1815, pour liquider les désastres de la guerre, puis de 1852 au moment actuel. L’augmentation en rentes actives dans cette dernière période est, d’après le rapport de M. O’Quin, de 131 millions de rente, représentant en capital 4 milliards 366 millions, et si l’on y joint l’augmentation de l’amortissement, celle des dotations et la création de diverses pensions qui n’existaient pas auparavant, le chiffre de l’augmentation totale figurant au chapitre annuel de la dette publique est de 214 millions.

Je sais qu’il y a des financiers qui ne considèrent pas le chiffre de l’amortissement comme faisant partie de la dette publique. C’est une erreur, à mon sens, car ce chiffre, aussi bien que celui des arrérages appartenant à des tiers, est une charge permanente qui pèse sur les contribuables, sans qu’ils puissent s’y soustraire, même par un vote législatif. On a beau dire que, si les fonds de l’amortissement sont employés à des dépenses nécessaires, à couvrir par exemple l’insuffisance du budget, les contribuables sont exonérés d’autant, qu’ils ont cela de moins à payer. L’objection n’est pas suffisante, car si on emploie à payer des dépenses administratives ce qui devrait être employé à diminuer la dette de l’état, le but n’est pas atteint, le créancier perd la garantie que l’amortissement a voulu lui donner, et le contribuable n’a pas le prix des sacrifices qu’il s’est imposés en ajoutant 1 pour 100 d’amortissement aux intérêts de la dette pour en opérer le rachat successif ; par conséquent tous les droits sont lésés. Si maintenant on emploie ces fonds à des travaux extraordinaires, c’est-à-dire à des travaux productifs qui augmentent la richesse publique, je reconnais que l’emploi peut être bon, aussi efficace, à certains points de vue, que le rachat de la dette publique, parce qu’il augmente les ressources qui y sont affectées,, mais le chiffre de la dette inscrite au budget n’en reste pas moins le même, et lorsqu’on veut le connaître tout entier, il faut y comprendre le fonds de l’amortissement. Ceci dit sur l’amortissement, qui pourrait également s’appliquer à la dotation, il faut revenir à la comparaison de nos finances avec celles de l’Angleterre.

En Angleterre, depuis 1842, on s’est guidé, pour les finances de l’état, sur les mêmes principes qui ont servi de base à la liberté commerciale. De même qu’en abaissant ou en supprimant les tarifs de douane on a créé le stimulant de la concurrence étrangère pour obliger l’industriel à produire à meilleur marché et à chercher ses bénéfices dans l’augmentation de, ses débouchés, résultat qui en effet n’a pas tardé à être obtenu, de même, pour les finances de l’état, les abaissemens des droits de douane et autres qui pesaient